Guerre en Ukraine : « Des mesures sur le pétrole et le gaz seront nécessaires tôt ou tard », estime le président du Conseil européen

FERMEZ LE ROBINET Le président du Conseil européen s’est prononcé pour des mesures supplémentaires contre la Russie, mais l’Allemagne freine sur le gaz

X.R. avec AFP
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Charles Michel, président du Conseil européen.
Charles Michel, président du Conseil européen. — Jean-Francois Badias/AP/SIPA

De l’indignation aux actes, le pas est parfois difficile à franchir. Et l’Europe en sait quelque chose, elle qui doit jongler depuis le début de la guerre en Ukraine entre ses principes de paix et de démocratie d’un côté, et sa dépendance énergétique et le maintien de sa santé économique de l’autre. A plusieurs reprises, Volodymyr Zelensky a d’ailleurs manifesté son agacement face à des décisions timides et des sanctions se limitant parfois à l’immobilisation de yachts.

Mais le massacre de Boutcha pourrait cette fois faire basculer l’Union européenne. Confronté à la vision des corps de civils abattus, entassés dans des charniers, brûlés, le président du Conseil européen Charles Michel a exprimé son « indignation face à des crimes contre l’humanité, contre des civils innocents à Boutcha et dans de nombreuses autres villes » devant les eurodéputés à Strasbourg. « Une preuve de plus que la brutalité russe contre le peuple ukrainien n’a pas de limites », a-t-il ajouté.

Berlin réticent à se passer du gaz russe

La Commission européenne a proposé mardi aux Vingt-Sept de durcir les sanctions contre Moscou, en arrêtant leurs achats de charbon russe, qui représentent 45 % des importations de l’UE, et en fermant les ports européens aux bateaux russes. Mais Charles Michel veut aller plus loin. « Je pense que des mesures sur le pétrole et même le gaz seront nécessaires tôt ou tard », s’est positionné le responsable belge.

Mais un embargo éventuel sur le pétrole (25 % des achats européens) et le gaz (45 % des importations de l’UE) fait l’objet d’âpres discussions entre les Etats membres, Berlin ayant exprimé publiquement ses réticences. L’Allemagne ne peut pas se passer des livraisons de gaz russe « à court terme » et des sanctions contre Moscou dans ce secteur feraient plus mal à l’UE qu’à la Russie, a estimé lundi le ministre allemand des Finances, Christian Lindner. Nos sanctions « sont pertinentes car elles touchent la Russie beaucoup plus durement que nous », a déclaré la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, dans l’hémicycle.

La prudence reste donc de mise. En revanche, les Etats baltes ont déjà cessé d’importer du gaz russe depuis début avril. Et les Européens pourraient finalement se confronter aux sanctions… de la Russie, qui menace désormais de refuser de livrer du gaz aux pays « hostiles » qui refusent de payer en roubles.