Guerre en Ukraine : Tirs dans les jambes de soldats russes, HRW s’inquiète de potentiels « crimes de guerre »

DROITS HUMAINS Une vidéo montre trois hommes en treillis, les mains attachées dans le dos, jetés à terre depuis un fourgon par d'autres hommes armés, qui leur tirent dans les jambes

20 Minutes avec AFP
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Nikita, 36 ans, se tient à l'intérieur de son appartement détruit par un bombardement russe à Saltivka, Kharkiv, dans le nord-est de l'Ukraine, le mardi 29 mars 2022.
Nikita, 36 ans, se tient à l'intérieur de son appartement détruit par un bombardement russe à Saltivka, Kharkiv, dans le nord-est de l'Ukraine, le mardi 29 mars 2022. — EPN/Newscom/SIPA

Des soldats jetés d’un fourgon et blessés par balles aux jambes… L'ONG Human Rights Watch a appelé les autorités ukrainiennes à enquêter sur de potentiels « crimes de guerre » envers les prisonniers russes.

Leur demande vient en réponse à la diffusion d’une vidéo, le 27 mars, sur laquelle on peut voir trois hommes en treillis, les mains attachées dans le dos, jetés à terre depuis un fourgon par d’autres hommes armés, qui leur tirent dans les jambes.

Village près de Kharkiv

Si l’authenticité des images n’a pas pu être établie de manière indépendante, l’AFP a géolocalisé la vidéo comme étant tournée à Mala Rogan. Ce village se trouve dans la région de Kharkiv (nord-est), repris en début de semaine par les forces ukrainiennes après une offensive.

Les journalistes de l’AFP qui ont pu se rendre à Mala Rogan le 28 mars ont vu les corps de deux soldats russes, un sac sur la tête, gisant dans l’une des allées du village, en grande partie détruit par les combats, tandis qu’au moins deux autres corps ont été jetés dans un puits.

Troupes russes en recul

« Si confirmé, passer à tabac et tirer dans les jambes de combattants capturés constituerait un crime de guerre », a indiqué HRW dans un communiqué publié jeudi soir. « L’Ukraine doit démontrer qu’elle est capable et désireuse de prévenir et de punir les violations graves du droit humanitaire international », a ajouté l’organisation internationale.

L’opération menée à Mala Rogan a permis de faire reculer les troupes russes de plusieurs kilomètres et de dégager tout le flanc sud-est de Kharkiv, notamment une autoroute sous le feu russe où plusieurs civils ukrainiens ont été tués.

« Opérations de nettoyage »

Au total, l’AFP a comptabilisé les corps de plus d’une dizaine de soldats russes à Mala Rogan, où de nombreux cadavres sont éparpillés dans les champs, dans et autour de leurs positions, ainsi qu’au hasard des maisons du village, selon l’armée ukrainienne. Un nombre inconnu a été fait prisonnier, dont un jeune officier des transmissions.

Les troupes russes bombardaient Kharkiv depuis Mala Rogan, reprise par les forces ukrainiennes lors d’une attaque en tenaille qui a pris les Russes par surprise. Nombre de ces militaires se sont retrouvés coincés dans les maisons, résistant dans les caves au cours d’opérations de nettoyage qui ont duré près de trois jours.

Enquête sur les abus présumés

Selon une source militaire ukrainienne, une unité de volontaires locaux aurait pris part au premier jour de l’opération, suscitant des critiques parmi les unités classiques. Un conseiller de la présidence ukrainienne, Oleksiï Arestovitch avait reconnu sur Telegram que les abus sur les prisonniers constituent un « crime de guerre » et que de tels actes doivent être « punis ».

« Nous traiterons les prisonniers conformément à la Convention de Genève, quelles que soient vos motivations émotionnelles personnelles », a-t-il indiqué en s’adressant aux militaires. Alexandre Bastrykine, le directeur du Comité d’enquête russe, l’organe chargé des principales investigations criminelles dans le pays, a ordonné de lancer une enquête sur les abus présumés. Les soldats russes ont également été accusés d’exactions depuis le début de l’invasion de l'Ukraine lancée le 24 février. A Mala Rogan, des habitants les ont accusés d’avoir violé des femmes retenues plusieurs jours prisonnières à l’étage d’une école.