Guerre en Ukraine : Au-delà des morts, les ravages psychologiques des bombardements sur les civils

CONFLIT Se déroulant majoritairement en milieu urbain, la guerre en Ukraine n’épargne pas les civils, que ce soit physiquement mais aussi mentalement

Jean-Loup Delmas
La guerre en Ukraine fait des ravages au sein de la population mentale
La guerre en Ukraine fait des ravages au sein de la population mentale — JOHN MACDOUGALL / AFP
  • Kiev, Marioupol, Tcherniguiv… La guerre en Ukraine se déroule principalement en ville, touchant de nombreuses populations civiles.
  • Au-delà des morts et des blessés, ces conflits urbains crée de graves atteintes à la santé mentale des personnes concernées.
  • Gestions du stress, des angoisses, des traumatismes, de nombreux soins psychologiques sont également à fournir, comme l’explique à 20 Minutes Handicap international.

Selon un bilan de l’Onu diffusé mercredi, la guerre en Ukraine aurait fait au moins 1.150 tués et 1.800 blessés parmi les civils. Un chiffre très probablement sous-estimé. Au-delà de ces victimes « physiques », la guerre fait également des ravages en termes de santé mentale dans la population ukrainienne.

Angoisse, stress, traumatisme, nervosité, les conséquences des bombardements et des combats en ville se répercutent même sur les habitants pas directement touchés. Un constat qui s’impose à la plupart des conflits modernes : « Il y a une urbanisation croissante des guerres, que ce soit en Syrie, en Irak, au Yémen », déplore Anne Héry, directrice du plaidoyer chez Handicap international. « Le conflit en Ukraine, massivement couvert par les médias, illustre bien ce phénomène : le nom des villes s’égrène au fur et à mesure de l’actualité, les affrontements se déroulent rarement hors de ces zones ».

Les civils de plus en plus touchés

Les bombardements et le pilonnage de cibles civiles sont formellement interdits par le droit international. Néanmoins, en visant certains objectifs militaires au cœur des villes, comme le fait la Russie, « ces civils finissent forcément en dommage collatéral. Nos études montrent que quand une arme explosive est utilisée dans les villes, neuf victimes sur dix sont des civils », appuie l’experte.

C’est tout le problème de ces armes : elles sont trop imprécises ou trop puissantes – voire les deux -. « De base, ces équipements sont conçus pour des espaces ouverts, pas pour des espaces clos ou semi-clos. Elles sont incapables de ne pas faire de victimes civiles dans ses zones. Un lance-roquette multiple peut toucher plusieurs hectares », renseigne Anne Héry. Handicap international portera d’ailleurs un projet d’interdiction des armes explosives en zone urbaine début avril devant les Nations Unis.

Dommage sur la santé mentale

On le voit en Ukraine : le champ de bataille peut se situer directement au bas d’un immeuble, si bien que « la guerre devient beaucoup plus concrète pour les civils, et avec un impact psychologique accru », appuie Virginie Duclos, experte en réhabilitation à Handicap international. Elle est actuellement présente en Ukraine pour prendre en charge les populations victimes du conflit, avec une importante particulière accordée à leur santé psychique : « On fait plus d’opérations de santé mentale que de santé physique pour le moment », témoigne-t-elle. Au programme : un support psychosocial, des services directs d’écoute, d’accueil et des espaces sécurisés pour libérer les paroles.

« On retrouve un vrai stress parmi les populations, une angoisse permanente et un sentiment de ne jamais être en sécurité. Même s’ils se trouvent dans des zones non exposées, ils savent que la guerre peut arriver à tout moment », commente la membre de l’ONG.

Des milliers de victimes pour combien de traumatisés ?

L’onde de choc est donc quasi-générale. « C’est un impact beaucoup plus large que les seules victimes directes, confirme Anne Héry. Il y a la peur et le choc de voir son pays attaquer, de l’avenir incertain, de se demander de quoi demain sera fait. » A l’instar d’attentats comme a pu en connaître la France récemment, qui peuvent engendrer des dizaines de décès et des millions de traumatisés.

C’est sans compter le choc de devoir quitter son logement et sa ville en raison de la guerre, comme l’ont déjà fait des millions d’Ukrainiens. Anne Héry remémore : « On a vu l’impact sur les déplacés en Syrie. C’est rarement un seul déplacement, mais des réfugiés qui vont de ville en ville dans un état de vulnérabilité psychologique extrême. Ce sont des populations entières qui sont désormais traumatisées, avec notamment beaucoup de stress post-traumatique. » Virginie Duclos conclut : « Aucun des civils n’a choisi d’être là, et ils subissent toute cette déshumanisation et ces guerres. Des guerres qui les épargnent de moins en moins ».