La junte inculpe l'opposante Aung San Suu Kyi

Faustine Vincent

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La démocrate Aung San Suu Kyi est assignée à résidence depuis 1989.
La démocrate Aung San Suu Kyi est assignée à résidence depuis 1989. — AFP

La junte militaire, au pouvoir en Birmanie depuis 1962, resserre l'étau

autour de l'égérie de l'opposition, Aung San Suu Kyi. « La Dame de Rangoun », 63 ans, a été arrêtée et inculpée hier avec ses deux assistantes pour avoir enfreint les règles de son assignation à résidence. Une semaine plus tôt, un Américain avait fait intrusion de façon rocambolesque dans sa maison, où elle est enfermée sous étroite surveillance. La junte reproche à l'opposante d'avoir violé la loi selon laquelle il faut « protéger l'Etat des dangers émanant d'éléments subversifs ».

Son inculpation intervient à un moment clé : d'abord, parce que son assignation à résidence devait arriver à expiration le 27 mai, ensuite parce que le chef de la junte birmane, le généralissime Than Shwe, compte organiser l'année prochaine des élections nationales, qu'il entend contrôler de bout en bout.

A Rangoun, la rumeur court sur les motifs qui ont poussé l'Américain à s'introduire chez l'opposante. « Beaucoup de gens pensent que cet incident a été créé ou instrumentalisé pour discréditer Suu Kyi et offrir au gouvernement militaire un prétexte pour prolonger son assignation à résidence », affirme le site d'opposants birmans The Irrawaddy, basé en Thaïlande. Les diplomates en poste à Rangoun jugeraient toutefois l'hypothèse peu probable, selon la même source.

John William Yettaw, un Américain de 53 ans, avait traversé un lac à la nage à la nuit tombée pour rejoindre la maison de « la Dame », où il est resté deux jours. Après son aventure, le médecin personnel d'Aung San Suu Kyi a été placé en détention, alors que la santé de l'opposante se dégradait. Yettaw, habitant du Missouri et père de sept enfants, a également été arrêté et inculpé pour avoir violé les règles de l'immigration et une loi sur la sécurité. Il encourt trois à cinq ans de prison. L'avocat d'Aung San Suu Kyi le tient pour responsable de toute l'affaire, affirmant qu'elle lui avait demandé de quitter la maison. « C'est un imbécile », a-t-il déclaré hier.

Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, ont protesté après l'inculpation de l'opposante. Dans un communiqué, Paris a ainsi appelé « le gouvernement birman à libérer sans condition Aung San Suu Kyi et les dirigeants de l'opposition birmane, pour entamer avec eux un nécessaire dialogue, seule façon de conférer aux élections prévues en 2010 une légitimité et une crédibilité dont elles sont, dans les circonstances actuelles, totalement dépourvues ».

L'opposante a été transférée hier dans un bâtiment spécial de la prison d'Insein, où croupissent et sont torturés plus de la moitié des 2 100 prisonniers politiques du pays. Son procès doit s'ouvrir sur place lundi. Elle est passible, avec ses deux assistantes, de trois à cinq ans de prison. W