Canada : Un prêtre français de nouveau visé par un mandat d’arrêt pour des agressions sexuelles sur des enfants

ENQUETE La police canadienne s’intéresse à Johannes Rivoire, 93 ans, pour des affaires d’agressions sexuelles sur des enfants inuits il y a plus de 30 ans

20 Minutes avec AFP
Une délégation inuite avec le Pape François, au Vatican le 28 mars 2022.
Une délégation inuite avec le Pape François, au Vatican le 28 mars 2022. — AFP

A 93 ans, le père Johannes Rivoire est encore une fois dans le viseur de la justice du Canada. La police du pays a émis un nouveau mandat d’arrêt contre ce prêtre français accusé d' agressions sexuelles sur des enfants​ inuits il y a plus de 30 ans, ont indiqué mardi les autorités.

« En septembre, la police a reçu une plainte d’agression sexuelle survenue il y a environ 47 ans », a détaillé la police du Nunavut, territoire du Nord canadien. Et à la suite de cette enquête, fin février le prêtre « a été inculpé pour agression sexuelle » et un mandat d’arrêt émis.

Un appel au pape François

Lundi, une délégation inuite en visite au Vatican pour évoquer les abus commis dans les pensionnats pour autochtones par des membres de l’église a demandé au pape François d’intervenir personnellement dans l’affaire. Les représentants inuits ont indiqué, lors d’une conférence de presse, avoir demandé au souverain pontife de faire pression pour que le prêtre soit « jugé pour les torts qu’il a causés » au Canada ou en France.

Ce prêtre français, qui a passé trois décennies dans le Grand Nord canadien, a déjà fait l’objet d’un mandat d’arrêt qui n’a jamais été suivi d’effet. Il a quitté le Canada depuis 1993 et vit en France, à Lyon. Interrogé récemment par le journal Le Monde, il clame son innocence.

Les excuses du Vatican attendues

La politique d’assimilation mise en place par les autorités canadiennes vis-à-vis des peuples amérindiens pendant des décennies a conduit à de nombreux abus, aujourd’hui reconnus. La rencontre historique cette semaine entre le pape et une délégation des différents peuples autochtones canadiens doit permettre de « reconnaître la responsabilité » de l’Eglise dans le système des pensionnats pour enfants autochtones. La découverte de centaines de sépultures d’enfants anonymes ces derniers mois a secoué le Canada et beaucoup de survivants attendent désormais des excuses du pape.

Entre la fin du XIXe siècle et les années 1980, quelque 150.000 enfants autochtones ont été enrôlés de force dans plus de 130 pensionnats à travers le pays, où ils ont été coupés de leur famille, de leur langue et de leur culture. Des milliers n’en sont jamais revenus, les autorités estimant leur nombre entre 4.000 et 6.000. En 2015, une commission d’enquête nationale avait qualifié ce système de « génocide culturel ».