Guerre en Ukraine : Auchan reste en Russie, un choix justifié « du point de vue humain »

DILEMME Pour Yves Claude, PDG d’Auchan Retail International, « il est facile de nous critiquer, mais nous on est là, on fait face et on agit pour la population civile »

20 Minutes avec AFP
Un supermarché Auchan à Moscou le 16 mars 2022.
Un supermarché Auchan à Moscou le 16 mars 2022. — Mikhail Japaridze/TASS/Sipa USA/

Yves Claude est face à une décision qui « n’est pas simple à prendre ». Le PDG d’Auchan Retail International a défendu dimanche le maintien des activités du groupe en Russie car « partir serait imaginable sur le plan économique mais pas du point de vue humain ».

Interpellé par le président ukrainien Volodymyr Zelensky devant le Parlement français mercredi sur son activité en Russie, où il est présent depuis une vingtaine d’années et emploie 30.000 personnes, Auchan a décidé de se maintenir dans le pays même s’il y prévoit des pertes pour 2022, explique Yves Claude dans une interview au Journal du Dimanche.

En Russie, où Auchan réalise 10 % de ses ventes mondiales, « nous avons un positionnement de discounter et nous pensons contribuer en période de forte inflation à protéger le pouvoir d’achat des habitants », ajoute-t-il, précisant ne pas vouloir priver ses salariés, dont 40 % sont actionnaires, de leur emploi et ses clients de leur pain quotidien. « Il est facile de nous critiquer, mais nous on est là, on fait face et on agit pour la population civile », répond-il aux critiques qui appellent l’Association familiale Mulliez (Leroy Merlin, Auchan ou Decathlon) à quitter la Russie, estimant que ses enseignes font d’elle un des plus gros contribuables pour le budget de l’Etat russe.

Des conditions « extrêmes » en Ukraine

Yves Claude, récemment nommé à la tête d’Auchan Retail et d’Auchan France, rappelle qu’Auchan a suspendu ses investissements en Russie et que sa filiale (232 magasins et des activités de commerce en ligne) y fonctionne « en autarcie ». Comme d’autres groupes, il fait également valoir qu’un retrait exposerait ses dirigeants locaux à des poursuites et renflouerait les capitaux russes, une décision « contre-productive ».

Auchan est également présent en Ukraine, où le groupe y opère 43 magasins et a 6.000 employés. Les conditions y sont « extrêmes » et des ruptures de stocks de produits frais ont commencé à être observées car 90 % des produits venaient de l’intérieur du pays. Des solutions d’approvisionnement depuis les pays limitrophes ont été mises en place cette semaine, précise le PDG. Une centaine d’employés Ukrainiens ont été accueillis par leurs homologues à l’étranger et seront recrutés ailleurs par le groupe, dont les actionnaires consacreront une partie du dividende pour aider les réfugiés, explique-t-il encore.