Etats-Unis : Madeleine Albright, première femme secrétaire d’Etat, est décédée

PORTRAIT L'ex-cheffe de la diplomatie américaine a notamment assisté à l’ascension de Vladimir Poutine, qu'elle jugeait «reptilien»

P.B. avec AFP
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La secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright, ici lors de sa rencontre avec le président élu de Russie Vladimir Poutine, le 2 février 2000, est décédée le 23 mars 2022.
La secrétaire d'Etat américaine Madeleine Albright, ici lors de sa rencontre avec le président élu de Russie Vladimir Poutine, le 2 février 2000, est décédée le 23 mars 2022. — Mikhail Metzel/AP/SIPA

Elle était entrée dans l’histoire en devenant la première femme à occuper le poste de secrétaire d’Etat. Madeleine Albright est décédée mercredi des suites d’un cancer à l’âge de 84 ans, a annoncé sa famille dans un communiqué, saluant « une défenseure infatigable de la démocratie et des droits humains ».



Le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price a qualifié sa mort de « dévastatrice ». « C’était une pionnière », a-t-il salué. « En tant que première femme secrétaire d’Etat, elle a littéralement ouvert la voie à une grande partie de notre profession. »

L’exil face à Hitler

Madeleine Albright naît le 15 mai 1937 à Prague dans une famille juive. Fille d’un diplomate, elle connaît l’exil à Londres après l’occupation de la Tchécoslovaquie par Hitler en 1938. Puis sa famille émigre en 1948 aux Etats-Unis, où des études brillantes lui permettront d’accéder aux plus hautes marches du pouvoir.

Elle occupe d’abord le poste d’ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’ONU (1993-1997), où elle imprime sa marque, notamment lors de l’offensive américaine au Kosovo. Puis Bill Clinton en fait la cheffe de la diplomatie entre 1997 et 2001.

Poutine « reptilien »

Madeleine Albright assiste notamment à l’ascension politique de Vladimir Poutine, jusqu’à son élection à la présidence. Après l’avoir rencontré en l’an 2000, elle écrit dans l’un de ses carnets :

« Poutine est petit et pâle, tellement froid qu’il en est presque reptilien. » Il comprenait, selon elle, les raisons de la chute du mur de Berlin mais n’avait pas anticipé l’effondrement de l’Union soviétique, concluant : « Poutine est embarrassé par ce qui est arrivé à son pays, et il est déterminé à restaurer sa grandeur. »

Il y a un mois tout juste, Madeleine Albright publiait son dernier édito dans le New York Times, à la veille de l’invasion russe, alors que le président russe venait de reconnaître les territoires séparatistes au Donbass comme des « républiques ». Y voyant une justification à une invasion, elle écrivait : « Poutine est en train de faire une erreur historique. » Critiquant le « révisionnisme » d’un Poutine affirmant que « l’Ukraine avait été entièrement créée par la Russie », elle estimait qu’une invasion n’aurait pas les effets escomptés par le président russe. « Au lieu d’ouvrir la voie à un retour de la grandeur de la Russie, envahir l’Ukraine cimenterait l’infamie de Mr. Poutine, laissant son pays paralysé économiquement, et stratégiquement vulnérable face à une alliance occidentale plus unie. »