Espagne : L'envolée des prix fait flamber la colère sociale dans tout le pays

INFLATION C'est le plus important mouvement de grogne sociale depuis l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre socialiste, Pedro Sanchez

20 Minutes avec AFP
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Pedro Sanchez, le 21 mars 2022 à Paris.
Pedro Sanchez, le 21 mars 2022 à Paris. — AFP

Grève des transporteurs routiers, manifestations d’agriculteurs et de pêcheurs, grogne du secteur industriel… En Espagne, l’inflation record attise la colère contre le gouvernement de gauche, pressé d’agir au plus vite face à la flambée des prix de l’énergie. Les deux principaux syndicats, Commissions ouvrières (CCOO) et UGT, ont appelé à faire grève et à manifester mercredi à travers le pays alors que la hausse des prix a atteint en février son plus haut niveau depuis près de 35 ans (7,6 %).

Cette journée de mobilisation vient s’ajouter à une série de débrayages et de manifestations, qui secouent depuis dix jours l’Espagne et son gouvernement. Le pays est ainsi confronté depuis le 14 mars à une grève illimitée des camionneurs, lancée par une plateforme de transporteurs indépendants, inquiets du boom des prix des carburants​. Ce mouvement, qui s’accompagne de multiples barrages routiers, perturbe fortement l’approvisionnement des supermarchés et de certaines entreprises.

Pêcheurs, éleveurs, agriculteurs en colère

Le gouvernement affronte également une grève des pêcheurs, qui ont cessé le travail lundi pour trois jours à l’appel d’une fédération regroupant près de 9.000 embarcations. Objectif là encore : dénoncer les prix du gazole, qui conduisent les pêcheurs à travailler à perte, selon cette fédération. La colère s’est aussi étendue aux éleveurs et aux agriculteurs, touchés de plein fouet par la hausse du coût des engrais et des matières premières. Près de 150.000 d’entre eux sont ainsi venus manifester dimanche dans le centre de Madrid, avec des chasubles fluorescents rappelant le mouvement des « gilets jaunes ».

Ce mouvement de grogne sociale – le plus important depuis l’arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre socialiste Pedro Sanchez – a reçu le soutien des partis d’opposition, et en particulier de Vox (extrême droite), qui a organisé samedi ses propres rassemblements dans plusieurs villes d’Espagne. Cette formation ultra-nationaliste, actuellement en plein essor, surfe sur le mécontentement d’une partie de la population, notamment dans les zones rurales, en accusant le gouvernement de « ruiner les classes moyennes » et les personnes « les plus défavorisées ».

Un plan national promis par le gouvernement

Une situation inconfortable pour l’exécutif, qui a pris ces derniers mois de multiples mesures pour augmenter les bas salaires et contenir les prix de l’énergie, mais voit ses efforts réduits quasiment à néant par la spirale inflationniste. Soucieux de désamorcer les critiques, Pedro Sanchez a promis voilà dix jours un « plan national » sur l’impact économique de la guerre en Ukraine, avec de fortes baisses d’impôts. Une enveloppe de 500 millions d’euros a par ailleurs été mise sur la table pour compenser la hausse du prix du gazole pour les transporteurs. Mercredi matin, Pedro Sanchez s’est dit « convaincu » que le gouvernement parviendrait à un accord « cette semaine » avec les transporteurs.

Pedro Sanchez cherche aussi à obtenir au préalable une réponse commune de l’UE face à la crise énergétique lors du sommet de jeudi à Bruxelles. Madrid exhorte depuis des mois l’UE à modifier le mécanisme qui couple les prix de l’électricité au marché du gaz. Cet appel, jusqu’à présent, est resté vain, mais Pedro Sanchez, qui a multiplié depuis mi-mars les rencontres avec ses homologues européens, espère un revirement.