Guerre en Ukraine : Un journal de Moscou a-t-il accidentellement révélé le très lourd bilan des pertes russes ?

FAKE OFF Un article d'un tabloïd proche du Kremlin affirmait lundi que 9.861 soldats russes ont péri depuis le début de l'offensive, mais le journal a ensuite assuré avoir été piraté

P.B.
— 
Le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konashenkov, le 20 mars 2022.
Le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konashenkov, le 20 mars 2022. — Ministère russe de la Défense

La guerre des chiffres continue. Lundi, un tabloïd de Moscou proche du Kremlin a brièvement publié un article (version archivée ici) donnant un très lourd bilan de 9.861 soldats russes tués depuis le début de la guerre en Ukraine. Si le chiffre est plausible, compte tenu des estimations du renseignement américain, il semble surprenant que le ministère russe de la Défense ait pu communiquer un total aussi élevé, alors que le Kremlin parlait de moins de 500 morts début mars. Dans la foulée, le journal a affirmé avoir été piraté et que des « informations inexactes » avaient été publiées.

FAKE OFF

Komsomolskaya Pravda (KP) est un tabloïd russe populaire. S’il ne s’agit pas d’un média d’Etat de propagande, il appartient à l’oligarque proche du Kremlin Grigory Berezkin. L’article relayait le point quotidien de dimanche du porte-parole du ministère de la Défense Igor Konashenkov. Evoquant le bilan avancé par l’armée ukrainienne de 14.700 soldats russes tués, la journaliste Maria Pavlova indiquait que Moscou contestait ce chiffre. Elle donnait alors un bilan russe attribué – sans citation – au ministère de la Défense de 9.861 morts et 16.153 blessés.

Quelques minutes plus tard, KP a dépublié l’article, puis l’a remis en ligne sans les quatre derniers paragraphes. Dans la foulée, le journal a assuré sur sa chaîne Telegram que sa plateforme de publication avait été piratée, et que des informations « inexactes » avaient été supprimées.

Au moins 7.000 soldats tués, selon le renseignement américain

Dans son point quotidien du 20 mars, Igor Konashenkov n’a pas donné de bilan, selon la vidéo sous-titrée en anglais publiée par le ministère de la Défense russe sur Telegram. On ne peut toutefois pas exclure que la journaliste l’ait obtenu d’une source au ministère. Le seul chiffre russe officiel date du 2 mars : Moscou affirmait avoir perdu 498 soldats en une semaine de combats.

Piratage, erreur humaine, raté russe ou acte de défiance d’un employé : à ce stade, impossible de trancher avec certitude. Contactés par 20 Minutes, le quotidien russe et le service de presse du ministère des Affaires étrangères n’avaient pas répondu lundi soir.

​Reste que ce chiffre, si on peut douter de son origine ou de son authenticité, n’est pas forcément loin de la réalité. Une estimation « basse » du renseignement américain avançait mercredi dernier un minimum de 7.000 pertes russes en 21 jours – soit environ 8.600 en extrapolant sur cinq jours supplémentaires. A titre de comparaison, 14.453 soldats soviétiques ont péri en dix ans de guerre en Afghanistan.