Guerre en Ukraine : Oui la Space Foundation a bien retiré le nom de Youri Gagarine d’un événement

FAKE OFF Le changement a fait des vagues sur les réseaux sociaux, mais l'ampleur de l'événement est toute relative, éclaire un chercheur auprès de « 20 Minutes »

Mathilde Cousin
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Youri Gagarine, un Soviétique, a été le premier homme à voler dans l'espace, le 12 avril 1961.
Youri Gagarine, un Soviétique, a été le premier homme à voler dans l'espace, le 12 avril 1961. — RIA Novosti/SPUTNIK/SIPA
  • C’est un changement qui a fait des vagues sur les réseaux sociaux : la Space Foundation a décidé de débaptiser une soirée « Youri Gagarine » qui doit avoir lieu en avril.
  • Ce retrait a beaucoup moins mobilisé les spécialistes. Pour Arnaud Saint-Martin, chercheur au CNRS, ce changement est « assez anecdotique ».
  • Cet événement n’est pas un colloque de recherche, mais « une soirée festive, où se retrouvent tous les gens passionnés d’espace, détaille le spécialiste auprès de 20 Minutes. Elle sert aussi à faire du réseau. »

Edit : Ajout d'une précision sur le lanceur Vega.

Youri Gagarine, pionnier soviétique de la conquête spatiale et mort en 1968, « censuré » ou victime de « cancel culture » à cause de la guerre en Ukraine ? Les accusations se multiplient depuis ce week-end à l’égard de la Space Foundation (la Fondation de l'espace). Cet organisme américain a retiré le nom de Youri Gagarine, célèbre cosmonaute soviétique qui a été le premier homme à voler dans l'espace le 12 avril 1961, d’un événement qui doit avoir lieu le 3 avril. D’abord nommé « La Soirée de Youri », il a été renommé « Une Célébration de l’espace : découvrez la suite ».

Lors de cette soirée, ouverte à tous les adultes de plus de 21 ans, la Space Foundation propose de rencontrer des astronautes, de prendre part à une course de drones ou de robots Rover, une famille de robots qui a été envoyée sur Mars.

La Space Foundation justifie ce changement « à la lumière des événements mondiaux actuels ». Le retrait du nom du cosmonaute, repéré par un journaliste américain le 15 mars, n’est plus visible en ligne sur le site de l’événement. On trouve toutefois encore sur le site une biographie du cosmonaute.

Si ce changement a fait des vagues sur les réseaux sociaux, il a beaucoup moins mobilisé les spécialistes, qui rappellent que la Space Foundation n’est pas un acteur majeur du monde aéronautique.

FAKE OFF

Pour Arnaud Saint-Martin, sociologue au CNRS et spécialiste des questions spatiales, ce retrait du nom du héros soviétique « est assez anecdotique ». Cette soirée, qui existe depuis plusieurs années, n’est pas un colloque de recherche, mais « une soirée festive, où se retrouvent tous les gens passionnés d’espace, détaille le spécialiste auprès de 20 Minutes. Elle sert aussi à faire du réseau. »

La Space Foundation n’a pas pour vocation première de faire de la recherche scientifique. Il s’agit, « comme d’autres associations du même type aux Etats-Unis, d’un groupement d'intérêts qui a pour but d’encourager le développement des activités spatiales américaines, de défendre la dépense fédérale pour l’espace », développe le spécialiste. « Ce sont des associations qui ont pour but de faire pression à Washington pour avoir des budgets [pour la conquête spatiale] toujours plus importants », ajoute-t-il.

Cette fondation à but non lucratif se donne également comme mission de faire connaître l’espace et la conquête spatiale auprès du plus grand nombre, dont des enfants. Ce n’est pas un hasard dans l’histoire de la conquête spatiale américaine, souligne Arnaud Saint-Martin, qui rappelle que « sur un budget de 23 milliards de dollars en 2021, la Nasa a un budget de 130 millions de dollars fléchés vers l’éducation, c’est-à-dire notamment vers les scolaires. Celui-ci sert aussi à financer des bourses pour les étudiants ou sponsoriser des programmes pour la télévision. »

La guerre en Ukraine n’a pas arrêté toute collaboration internationale dans l’espace : si la Russie a suspendu des lancements de Soyouz depuis le site de Kourou, en Guyane, trois cosmonautes russes sont arrivés vendredi dans la Station spatiale internationale. La guerre pourrait avoir d’autres conséquences sur le site guyanais : en plus de l’arrêt des lancements de Soyouz, le lanceur italien Vega, dont le dernier étage est propulsé par un moteur ukrainien, pourrait connaître « des ruptures d’approvisionnement », alerte le chercheur. Le risque est de voir des lancements reportés.