« 20 Minutes » a 20 ans : Vous souvenez-vous ? Janvier 2011, la Tunisie ouvre le bal des révolutions arabes

20 ANS DANS LE RETRO (6/20) « 20 Minutes » évoque 20 événements avec les journalistes qui ont couvert cette actualité, aujourd’hui, la Révolution du Jasmin en Tunisie

Bérénice Dubuc
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Un drapeau tunisien flotte lors d'une manifestation contre le président Zine El Abidine Ben Ali et son parti, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le 20 janvier 2011, à Tunis.
Un drapeau tunisien flotte lors d'une manifestation contre le président Zine El Abidine Ben Ali et son parti, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le 20 janvier 2011, à Tunis. — AFP PHOTO / MARTIN BUREAU
  • A l’occasion de ses 20 ans, « 20 Minutes » vous partage les souvenirs les plus marquants de ses journalistes.
  • Aujourd’hui, retour en janvier 2011 sur la Révolution du Jasmin en Tunisie, qui a ouvert le bal des révolutions arabes

2011, le 14 janvier. Après près d’un mois de manifestations et de violences policières, le président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali quitte ses fonctions et fuit le pays en cachette. Cela fait plusieurs semaines que je me prépare à partir en reportage dans l’un des pays du Maghreb agités par des manifestations, qui deviendront bientôt les « révolutions arabes ». Ma rédactrice en chef me prévient : départ pour Tunis le lendemain matin.

Arrivée à Orly à 6h30, je passe la journée auprès de Tunisiens coincés à Paris, inquiets pour la sécurité de leurs proches et l’avenir de leur pays : la Tunisie a momentanément fermé son espace aérien à la suite de la fuite du président déchu. Nous décollons finalement dans la soirée. A bord, de nombreux allers-retours de passagers vers la cabine de pilotage. J’apprends par un voisin que tous vont saluer le pilote « qui a refusé de décoller un peu plus tôt dans la journée car des Trabelsi se trouvaient à bord ». Un héros à leurs yeux.

Parole libérée et retour des exilés

Débarquée à l’aéroport de Tunis, impossible d’en sortir : l’état d’urgence a été déclaré la veille, et le couvre-feu m’oblige à y passer la nuit. L’occasion d’écouter tout ce que les Tunisiens ici rassemblés n’ont pas eu la possibilité de dire depuis de nombreuses années. Amassés en petits groupes, ils se racontent les anecdotes sur « la clique au pouvoir », discutent jusqu’à l’aube de politique, de l’état de leur pays, de la transition qui s’annonce et qu’ils espèrent pacifiste et démocratique…

Au sortir de l’aéroport, c’est le beau-frère d'une collègue qui vient me chercher pour m’amener dans le centre de Tunis. Il me présente certains de ses amis, islamistes emprisonnés sous l’ère Ben Ali, qui rêvent du retour d’exil de Rached Ghannouchi, et de pouvoir exercer librement leur religion. Je ne verrai pas le retour au pays du chef de Ennahda, le 30 janvier, mais j’assiste à celui de Moncef Marzouki, autre opposant exilé sous Ben Ali.

« On peut choisir »

Je suis frappée de voir que même des personnes qui ne partagent pas ses positions politiques l’accueillent en fanfare. Comme me l’explique Maroua, étudiante anesthésiste que je croise, « l’important c’est que maintenant, il y a différents partis, et que l’on peut choisir ». Car, à Tunis, comme dans les autres villes du pays, l’essentiel est là : finir de démanteler le « système Ben Ali », et s’assurer de l’avènement d’une Tunisie démocratique. Ils manifestent chaque jour en ce sens, de 7 à 77 ans.

Parmi eux, un internaute de 20 Minutes (je découvre pendant cette semaine de reportage que nous avons de nombreux lecteurs ici) qui me propose spontanément de me servir de « fixeur » : il m’aide dans les prises de contact, me conduit aux quatre coins de la ville… Sa façon à lui de s’assurer que la « Révolution du Jasmin » – il me confie, pas peu fier, que c’est lui qui a trouvé l’expression – soit connue de tous et se répande dans le monde entier. Son vœu sera exaucé : le 25 janvier, c’est au tour du peuple égyptien de se soulever. Suivront l’Algérie, le Maroc, la Lybie, la Jordanie, Bahreïn, le Yémen ou encore la Syrie. Les « révolutions arabes » sont lancées.