Guerre en Ukraine : Des milliers de civils évacués à Soumy, nouvelle trêve mercredi

GEOPOLITIQUE Un couloir humanitaire a été mis en place mardi pour évacuer les habitants de Soumy, deux semaines après l’invasion de leur pays par la Russie

20 Minutes avec AFP
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Des Ukrainiens déplacés prennent un bus pour la Pologne depuis la gare de Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine, le samedi 5 mars 2022.
Des Ukrainiens déplacés prennent un bus pour la Pologne depuis la gare de Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine, le samedi 5 mars 2022. — Bernat Armangue/AP/SIPA

Ils tentent de fuir la guerre. Des milliers de civils ont pu fuir la ville de Soumy, dans le nord-est de l' Ukraine, où les forces russes ont promis une nouvelle trêve ce mercredi, près de deux semaines après leur invasion dans ce pays, qui a déjà fait des centaines de morts et des millions de réfugiés.

Plus de 5.000 personnes ont été évacuées à ce jour de la ville de Soumy, située à 350 km au nord-est de Kiev, a indiqué mercredi l’adjoint au chef de l’administration présidentielle ukrainienne, Kyrylo Timochenko, cité par des médias ukrainiens. Une soixantaine de bus, en deux convois, sont parvenus à mettre en sécurité ces civils, femmes, enfants et personnes âgées pour la plupart, avait-il déjà indiqué mardi sans toutefois donner de chiffres.

Une nouvelle trêve aujourd’hui

Les autorités ukrainiennes avaient annoncé la mise en place d’un couloir humanitaire mardi matin pour évacuer les civils de Soumy, ville de plus de 250.000 habitants située près de la frontière russe et théâtre de violents combats depuis plusieurs jours.

« Mais ce n’est qu’un pourcent de ce que nous devons faire, de ce qui est attendu par mon peuple, par les Ukrainiens qui sont coincés » dans les zones de combat, a jugé le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dans un message vidéo mardi soir.

Mercredi, une nouvelle trêve doit entrer en vigueur pour permettre l’évacuation d’autres civils, a assuré l’armée russe. Ce qui ne l’a pas empêché, selon les services ukrainiens de secours d’urgence, de bombarder mardi soir la petite ville de Malyn, dans la région de Zhytomyr, à l’ouest de Kiev, où cinq personnes dont deux bébés nés l’an dernier sont mortes après la destruction de sept maisons.

Kiev coupé du pays

Les évacuations se poursuivaient aussi dans la région de Kiev, malgré des tirs sur des couloirs humanitaires, d’après le chef de l’administration locale Oleksiï Kouleba. Kiev et ses trois millions d’habitants, sont coupés du reste du pays sur trois flancs : les combats font rage dans ses faubourgs du nord et de l’ouest, et les routes vers l’est sont bloquées par des chars russes et des champs de mine.

A Irpin, l’AFP a vu des centaines de personnes patienter pour franchir à pied la rivière du même nom, sur des passerelles de fortune faites de planches, de palettes en bois et de carcasses métalliques, en direction de Kiev, par le seul axe non encore occupé par l’armée russe. Environ 2.000 habitants ont pu s’extraire de cette localité, selon la police ukrainienne.

Comme beaucoup, Oleksei Ivanovitch, 86 ans, ne voulait pas quitter sa maison, même quand les chars russes, venus du nord, ont bombardé et pris la ville voisine de Boutcha, puis se sont emparés d’une partie d’Irpin. « Ce sont mon fils et mon petit-fils qui m’ont dit de partir », dit-il, au bras de sa femme Oleksandra, 81 ans. Aux portes nord de la capitale, la population essaie désespérément de quitter Boutcha. « Le plus important c’est de faire partir les enfants. Il y a beaucoup d’enfants et de femmes », a confié une habitante, Anna.

Des millions de réfugiés

Dans le sud-est, à Marioupol, un grand port stratégique sur la mer d’Azov, quelque 300.000 civils restaient eux aussi coincés, a affirmé le gouvernement ukrainien. Dans le sud, à Mykolaïv, près d’Odessa, des files de voitures remplies de civils fuyant les combats s’étiraient sur des kilomètres, tandis que résonnaient les tirs depuis la ligne de front.

Le conflit déclenché le 24 février a en outre poussé plus de deux millions de personnes à quitter le territoire ukrainien pour se réfugier à l’étranger, essentiellement en Pologne, selon l’ONU. L’Europe s’attend à recevoir cinq millions d’exilés.

Près de deux semaines de combats

Après presque deux semaines d’offensive, les forces russes ont continué à se déployer autour des métropoles ou intensifié leurs bombardements, ont assuré des responsables ukrainiens. Le Pentagone a fait état d’une nouvelle colonne russe avançant vers Kiev par le nord-est, tandis que la principale, en provenance du nord, se trouve à l’arrêt depuis plusieurs jours.

Selon le Pentagone, « 2.000 à 4.000 » soldats russes ont été tués en Ukraine depuis le début de l’offensive. Le 2 mars, la Russie avait fait état de 497 morts dans ses rangs, mais elle n’a donné aucun nouveau bilan de ses pertes.

Stratégie du « compromis »

« Nous nous battrons jusqu’au bout », a lancé mardi le président ukrainien par lien vidéo depuis Kiev, devant le parlement britannique. Dans un entretien avec la chaîne américaine de télévision ABC, Volodymyr Zelensky a par ailleurs déclaré ne plus insister sur une adhésion de l’Ukraine à l’Otan, une des questions invoquées par Moscou pour justifier l’invasion. Volodymyr Zelensky s’est aussi dit prêt à un « compromis » sur le statut des territoires séparatistes de l’est de l’Ukraine dont Vladimir Poutine a reconnu unilatéralement l’indépendance.

Les Etats-Unis redoutent par ailleurs que les forces russes puissent « prendre le contrôle » des structures de « recherche biologique » en Ukraine et s’emparer de matériaux sensibles, au moment où de nouvelles craintes émergent concernant le centre nucléaire de Tchernobyl. « L’Ukraine dispose d’installation de recherche biologique, et nous sommes de fait à présent assez inquiets par la possibilité que les forces russes tentent d’en prendre le contrôle », a déclaré la numéro trois de la diplomatie américaine, Victoria Nuland, lors d’une audition parlementaire.

L’AEIA, agence de l’ONU pour la sécurité nucléaire, a dit de son côté avoir perdu contact avec les systèmes contrôlant à distance les matériaux nucléaires de la centrale de Tchernobyl.