Guerre en Ukraine : Sur les traces des oligarques russes au Cap d’Antibes

MILLIARDAIRES Cette presqu’île regorge de villas dont certains propriétaires sont des proches de Vladimir Poutine qui risquent d’être ciblés par les sanctions européennes mais, « pour l’instant, rien n’a changé », assure-t-on sur place

Elise Martin
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Une partie de la propriété de Roman Abramovitch au Cap d'Antibes
Une partie de la propriété de Roman Abramovitch au Cap d'Antibes — E. Martin / ANP / 20 Minutes
  • Comme riposte à l’invasion de la Russie en Ukraine, l’Union européenne a décidé de s’attaquer aux milliardaires proches de Vladimir Poutine et de geler des comptes en banque, villas et navires de ces oligarques russes.
  • Sur la Côte d’Azur, rien n’a été encore saisi même si le territoire est connu abriter de nombreux biens luxueux appartenant à ces riches propriétaires.
  • Au Cap d’Antibes, une presqu’île à 25 km de Nice, par exemple, le château de Croë a été racheté par Roman Abramovitch. Il possède aujourd’hui la propriété de 7 ha. Dans ce quartier aux plusieurs villas remarquables, « aucun changement », assurent les commerçants comme les passants habitués.

Le ciel est gris et un vent froid souffle sur la pointe du Cap d’Antibes, cette presqu’île à 25 km de Nice. Sur cette partie du sentier du littoral, d’un côté il y a la mer, de l’autre, un mur haut d’environ 2,5 m avec régulièrement des caméras de surveillance. « C’est le château de Croë, présente un Antibois, qui se balade avec un ami. Regardez, un agent de sécurité fait sa ronde ! »

Le sentier du littoral du Cap d'Antibes avec vue sur la propriété de Roman Abramovitch
Le sentier du littoral du Cap d'Antibes avec vue sur la propriété de Roman Abramovitch - E. Martin / ANP / 20 Minutes

Cette propriété de 7 ha a été rachetée par Roman Abramovitch. Ce dernier, futur-ex propriétaire du club Chelsea n’est pas (encore) ciblé par les sanctions européennes, qui s’attaquent aux comptes en banque, villas et navires des oligarques russes proches du Kremlin, et a mis en vente ses parts. Les recettes iront à une « fondation caritative au profit de toutes les victimes de la guerre en Ukraine », a indiqué ce proche de Poutine. Il est à la tête d’une fortune d’environ 12 milliards d’euros selon Forbes, comprenant ce fameux château de la Croë.

Peu de véhicules circulent dans l’avenue à part celui de la police nationale

Le promeneur habitué poursuit : « Il n’y a pas que lui dans le coin, mais celui-là a la plus grande résidence. On a l’impression qu’il y a du mouvement mais finalement, il y a une quarantaine d’employés qui sont toujours là pour entretenir le jardin et la maison. On ne sait jamais si le milliardaire est là. »

Très peu de véhicules ont accès à l’avenue Mrs Beaumont, qui longe la muraille, depuis la mise en place d’une borne à son entrée. La seule voiture qui circule, c’est celle de la police nationale. « C’est souvent que les forces de l’ordre font un tour dans ce quartier, ce qui est normal avec ces maisons et ces fortunes ! », assure un commerçant qui a la vue sur cette rue.

L'entrée de l'avenue Mrs Beaumont au Cap d'Antibes, avec tous les panneaux des villas
L'entrée de l'avenue Mrs Beaumont au Cap d'Antibes, avec tous les panneaux des villas - E. Martin / ANP / 20 Minutes

Si quelqu’un est au courant de la venue de monsieur Abramovitch, c’est Malek, employé de la Plage Keller, voisine de la luxueuse demeure. « Il n’est jamais là l’hiver. L’été, il y a son hélicoptère qui tourne et on peut voir ses bateaux. Il n’a même pas besoin de réserver, il appelle et on s’arrange pour qu’il ait une table quand il veut ».

« On verra si ça change cet été »

Selon le salarié, qui travaille ici depuis vingt ans, les sanctions européennes « ne changent pas grand-chose à la vie du Cap d’Antibes ». « En tout cas, pour l’instant, se reprend Malek. On a déjà des réservations pour des banquets, des mariages et ce sont des clients russes qui mettent les moyens ». Il sait de quoi il parle, 80 % de sa clientèle est étrangère et vient des alentours. « On verra si ça change cet été », lance-t-il en haussant les épaules.

Pour Louis aussi, qui tient l’épicerie du quartier, c’est avec l’été que les conséquences de ce conflit se sentiront. « Le peu d’oligarques qui étaient présents est parti et les autres ne sont pas venus de l’hiver. C’est comme d’habitude. Le seul changement, c’est que c’est devenu un sujet de conversations avec des clients. Certains sont inquiets parce qu’ils sont mariés avec un Ukrainien ou inversement ». Et pour une agence immobilière proche, « à part des journalistes qui viennent nous poser des questions, notre quotidien reste le même. On n’a pas plus d’informations ! ».