Corruption: le parquet fait barrage à une enquête sur trois chefs d'Etat africains

FRANCE Il estime que les plaignants n'ont pas subi de préjudice dans ce dossier...

MD (Avec agence)

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Un an après un voyage éclair de six heures à Luanda, Nicolas Sarkozy renoue jeudi et vendredi avec l'Afrique pour un périple tout aussi minuté à Kinshasa, Brazzaville et Niamey conçu comme un exemple des liens rénovés qu'il veut instaurer avec le continent noir.
Un an après un voyage éclair de six heures à Luanda, Nicolas Sarkozy renoue jeudi et vendredi avec l'Afrique pour un périple tout aussi minuté à Kinshasa, Brazzaville et Niamey conçu comme un exemple des liens rénovés qu'il veut instaurer avec le continent noir. — Issouf Sanogo AFP/Archives

Une juge voulait enquêter, le parquet fait appel. Trois chefs d'Etat africains soupçonnés de posséder, en France, des biens immobiliers financés par de l'argent public détourné, sont pour le moment à l'abri. La doyenne des juges du pôle financier de Paris, Françoise Desset, avait jugé recevable, ce mardi, la plainte avec constitution de partie civile déposée par l'association Transparence international France (TI), spécialisée dans la lutte contre la corruption, l'association ayant, selon son analyse, juridiquement un intérêt à agir.
 
Mais le parquet de Paris a fait appel, ce jeudi, de l'ordonnance favorable à l'ouverture d'une enquête. C'est la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris, qui contrôle le travail des juges, qui devra trancher sur l'opportunité de déclencher l'action publique dans ce dossier. Elle n'a pas de délai pour se prononcer.
 
Une affaire délicate

Déposée le 2 décembre, la plainte avec constitution de partie civile concerne les chefs de recel de détournement de fonds publics, blanchiment, abus de bien social, abus de confiance et complicités. Elle vise «les conditions dans lesquelles un très important patrimoine immobilier et mobilier a été acquis en France par Denis Sassou Nguesso (Congo), Omar Bongo Ondimba et Teodoro Obiang (Guinée Equatoriale) ainsi que des membres de leur entourage», selon l'ONG. L'ordonnance de la doyenne des juges ouvre théoriquement la voie à une enquête judiciaire sur les biens des trois chefs d'Etat.
 
«Il s'agit d'une décision historique qui augure de la fin de l'impunité pour les dirigeants corrompus dans le monde», s'était félicité mercredi le président de TI France, Daniel Lebègue, qui vise «la restitution des avoirs détournés». Mais le parquet de Paris, qui s'est opposé dans ses réquisitions à l'ouverture d'une information judiciaire estimant que les plaignants ne pouvaient se prévaloir d'un préjudice dans le dossier, a décidé de faire appel devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris. Si celle-ci donne raison au parquet, la plainte sera classée sans suite. Dans le cas contraire, le ministère public aura la possibilité de se pourvoir en cassation contre l'arrêt de la cour d'appel.