Guerre en Ukraine : Entre bombardements et « blocus humanitaire », que se passe-t-il à Marioupol ?

BILAN Après deux tentatives d’évacuation avortées et un couloir humanitaire toujours bloqué, la ville ukrainienne de Marioupol vit sous la menace de bombardements russes

M.F avec AFP
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Des habitants évacués de Marioupol le 6 mars 2022, en Ukraine.
Des habitants évacués de Marioupol le 6 mars 2022, en Ukraine. — Alexander Ryumin/TASS/Sipa USA
  • L’armée russe a annoncé ce lundi l’ouverture d’un couloir humanitaire à Marioupol afin d’évacuer les civils vers la Russie ou la Biélorussie. Une option refusée par Kiev.
  • Associations et politiques dénoncent une crise humanitaire à Marioupol alors que les habitants de la ville ukrainienne manquent de tout et meurent sous les bombes russes.
  • La raison de ces combats enragés vient du fait que le siège de Marioupol constitue un avantage stratégique pour les Russes.

Marioupol au bord de l’asphyxie. Dans cette ville portuaire du sud de l'Ukraine, près de 441.000 habitants vivent au rythme des bombes russes depuis le début du conflit. La ville assiégée n’est toujours pas parvenue à évacuer ses civils. Ce lundi matin l’armée russe avait pourtant annoncé des cessez-le-feu et l’ouverture de couloirs humanitaires dans plusieurs villes vers la Russie et la Biélorussie. Mais la proposition a été refusée par Kiev qui ne juge pas cette option acceptable. La petite lueur d’espoir qui était apparue aux habitants de Marioupol s’est donc éteinte jusqu’à nouvel ordre alors que sur place, les conditions de vie se dégradent de jour en jour. Explications.

Une situation « catastrophique »

« Aujourd’hui il n’y a plus d’eau ; les gens ont énormément de problèmes pour accéder à de l’eau potable et cela devient un enjeu un peu essentiel. Il n’y a plus d’électricité, il n’y a plus de chauffage. La nourriture vient à manquer, les magasins sont vides », déclarait samedi Laurent Ligozat, coordinateur d’urgence de l’ONG Médecins sans frontières (MSF), pour qui la situation est « catastrophique ». Selon le maire de la ville Vadym Boichenko, interrogé par Le Parisien, les Russes auraient « travaillé méthodiquement pour créer cette crise, ce blocus humanitaire ». De son côté, la Croix-Rouge évoque des « scènes dévastatrices de souffrances humaines ».

Selon l’une des rares familles qui aurait réussi à fuir la ville, il y aurait « des cadavres partout ». Des victimes ukrainiennes que les autorités ne sont même pas en mesure de compter. « Nous ne pouvons même pas ramasser les corps étendus dans les rues de la ville parce que l’armée russe bombarde continuellement », assure sur France 24 le maire adjoint de Marioupol, Sergei Orlov.

Des évacuations reportées deux fois

Si Marioupol subit une telle crise aujourd’hui c’est aussi parce que les habitants se retrouvent complètement isolés. « Depuis plusieurs jours tout simplement, il n’y a plus rien qui rentre et qui sort de la ville », déplore ainsi Laurent Ligozat. Là encore, le maire de la ville accuse l’armée russe d’avoir « travaillé méthodiquement pour s’assurer que la ville soit bloquée ». Pourtant, samedi matin, la Russie avait annoncé un cessez-le-feu et l’ouverture de couloirs humanitaires pour évacuer les civils pris au piège des combats. Des évacuations qui n’ont finalement pas eu lieu, les Ukrainiens accusant les Russes d’avoir violé le cessez-le-feu. Côté russe, l’armée a justifié la reprise des bombardements « en raison de la réticence de la partie ukrainienne à influer sur les nationalistes ou à prolonger le "cessez-le-feu" ».

Dimanche, les forces ukrainiennes ont tenté d’évacuer quelque 200.000 personnes, mais cette deuxième tentative a de nouveau été « interrompue » par les frappes russes, a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Le maire adjoint Sergei Orlov a assuré sur France 24 que les Russes avaient attaqué les bus qui devaient servir à évacuer les civils : « Nous en avions 50, il ne nous en reste que 21. Selon nos estimations, il y aurait plus de 1.000 victimes et plusieurs centaines d’entre elles seraient mortes. » Là encore, le président russe Vladimir Poutine a mis l’échec des évacuations sur le compte des « nationalistes ukrainiens ».

Marioupol, un enjeu stratégique

La situation est particulièrement tendue à Marioupol du fait de l’enjeu stratégique que recouvre cette grande ville pour les Russes. Marioupol est une cité portuaire bordant la mer d’Azov, sur la côte sud-est. Elle est située à environ 55 kilomètres de la frontière russe et à 85 kilomètres du fief des séparatistes de Donetsk, soutenue par les Russes. Sa prise permet donc aux forces russes en provenance de la Crimée annexée de rejoindre les troupes séparatistes et russes postées dans le Donbass.

Carte montrant la ville de Marioupol, que les forces russes encerclaient le 5 mars.
Carte montrant la ville de Marioupol, que les forces russes encerclaient le 5 mars. - SIMON MALFATTO, JEAN-MICHEL CORNU

A noter qu’outre sa situation géographique stratégique, Marioupol est également une grande ville industrielle. Son port de commerce est d’une importance cruciale pour les exportations de céréales ou d’acier produits dans l’est de l’Ukraine.