Guerre en Ukraine : Tout savoir sur la centrale nucléaire de Zaporojie attaquée par les Russes

C'EST QUOI La plus grande centrale nucléaire d’Europe a été attaquée très tôt ce vendredi matin par l’armée russe provoquant un incendie maintenant maîtrisé

M. F avec AFP
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Guerre en Ukraine: La plus grande centrale nucléaire d'Europe bombardée par l'armée russe — 20 Minutes
  • Dans la nuit de jeudi à vendredi, les chars russes ont attaqué la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporojie provoquant un incendie.
  • Avec ses six réacteurs et sa puissance totale de 6000 MW, cette centrale est la plus puissante d'Europe.
  • Si les réacteurs de la centrale disposent d'un fonctionnement parmi les plus sûrs au monde et d'un contrôle renforcé depuis 2014, l'incident fait craindre une nouvelle catastrophe nucléaire.

Ukrainiens et Européens se sont réveillés dans l’effroi ce vendredi matin. En lisant les infos, ils ont appris que dans la nuit, des chars russes onttiré sur la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporojieprovoquant un incendie. Alors que le souvenir d’avril 1986 et l’explosion de Tchernobyl sont encore vifs, cet incident a immédiatement fait craindre une nouvelle catastrophe nucléaire sur le continent. On fait le point sur cette centrale au cœur de toutes les inquiétudes ce vendredi.

Quelles sont les capacités de la centrale de Zaporojie ?

Située dans le sud de l’Ukraine, sur le fleuve Dniepr, la centrale de Zaporojie est la plus puissante d’Europe. Elle se compose de six réacteurs dont les premiers sont entrés en service en 1985 et le dernier dix ans plus tard. De conception soviétique, ces réacteurs ont une durée de vie estimée entre quarante et soixante ans.

Sa capacité totale est de près de 6.000 mégawatts, ce qui lui permet d’alimenter en électricité environ quatre millions de foyers. D’ailleurs, en temps normal, le site produit un cinquième de l’électricité du pays et près de la moitié de son énergie nucléaire. En comparaison, la plus puissante centrale nucléaire de France et la deuxième d’Europe, celle de Gravelines a une puissance de 5 460 MW, pour le même nombre de réacteurs.

La centrale de Zaporojie est-elle comparable à celle de Tchernobyl ?

Situées à 525 kilomètres l’une de l’autre, les deux centrales ont des similarités, mais aussi des différences. Tout comme ceux de Tchernobyl les réacteurs de Zaporojie ont chacun une puissance de 1000 mégawatts. En revanche, leurs caractéristiques diffèrent. La conception des réacteurs à eau pressurisée de Zaporojie vient de ceux équipant les sous-marins nucléaires. Ils sont considérés comme étant parmi les plus sûrs.

graphique centrale ukraine
graphique centrale ukraine - Sophie RAMIS, Jean-Michel CORNU, Kenan AUGEARD / AFP

D’autres parts, les réacteurs fonctionnent grâce à un système de vapeur chauffée par le cœur, qui une fois contaminée par le nucléaire n’est pas utilisée pour faire tourner les turbines, mais pour chauffer un autre circuit. La technique permet de conserver un niveau de radioactivité relativement bas pour les employés de la centrale.

La situation à Zaporojie est-elle sous contrôle ?

Après le conflit armé en Ukraine de 2014, Kiev s’est organisée pour sécuriser ses installations nucléaires. Le gouvernement a développé des protocoles de sûreté avec des inspections régulières, une évaluation des vulnérabilités et la mise en œuvre de systèmes de contrôle automatisé des données. Pour autant, « les centrales nucléaires de manière générale n’ont absolument pas été conçues pour résister à des situations de zones de guerre », déplore Yves Marignac, expert nucléaire à l’institut négawatt sur RTL, craignant qu’un endommagement des réacteurs conduise à des relâchements de radioactivité.

Carte d'Ukraine localisant la centrale nucléaire de Zaporojie et les zones contrôlées par la Russie au 3 mars
Carte d'Ukraine localisant la centrale nucléaire de Zaporojie et les zones contrôlées par la Russie au 3 mars - SIMON MALFATTO, SABRINA BLANCHARD, AUDE GENET, CLÉA PÉCULIER, KENAN AUGEARD

Un scénario encore hypothétique puisque « les balises nous disent qu’il n’y a pas d’augmentation de la radioactivité autour, ce qui est rassurant », a assuré Barbara Pompili sur France Info. Vendredi matin en effet, le rayonnement de fond autour du site était de 0,1 microsievert par heure, selon l’exploitant de la centrale. C’est moins que celui d’un vol d’avion ou d’une radiographie. Et très très loin des taux à 300 sieverts par heure observés pendant la catastrophe de Tchernobyl. Ce vendredi, le régulateur ukrainien assurait que sur les six réacteurs, seul un était opérationnel, quatre autres étant en phase de refroidissement et le dernier débranché.

A quoi peut-on s’attendre par la suite ?

Vendredi matin, les pompiers ukrainiens sont parvenus à maîtriser l’incendie qui s'était « heureusement » seulement déclaré dans un bâtiment administratif. Mais les militaires russes les auraient d’abord empêchés d’intervenir. « On est dans des scénarios inimaginables qui peuvent atteindre le pire », commente à la radio Yves Marignac. Après l’attaque, l’agence d’inspection des sites nucléaires ukrainienne a indiqué que le territoire de Zaporojie était « occupé par les forces armées de la Fédération de Russie », mais que le personnel de la centrale poursuivait le « contrôle les blocs énergétiques » et assurait leur exploitation.

Sur place cependant, force est de constater que les inquiétudes ne se sont pas éteintes en même temps que les flammes. « Les médecins nous conseillent déjà de prendre des doses d’iode en prévention », a déclaré sur BFMTV Nadiya Goltvyanytsa, directrice de l’Alliance française à Zaporojie. De son côté, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a condamné une attaque « irresponsable » et appelé à arrêter les combats.