Guerre en Ukraine : « J’ai la place et l’envie d’aider »… En France, de nombreuses familles se préparent à accueillir des réfugiés

SOLIDARITE Dans tout l’Hexagone, de nombreuses familles se portent volontaires pour accueillir des réfugiés ukrainiens dans leur foyer

Anissa Boumediene
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Alors qu'un millions d'Ukrainiens ont déjà fui leur pays, en France, de nombreuses familles se portent volontaires pour accueillir des réfugiés au sein de leur foyer.
Alors qu'un millions d'Ukrainiens ont déjà fui leur pays, en France, de nombreuses familles se portent volontaires pour accueillir des réfugiés au sein de leur foyer. — Dalibor Gluck/AP/SIPA
  • Une semaine après le début de la guerre en Ukraine, la population fuit en masse le pays pour échapper aux bombardements russes.
  • En France, de nombreuses familles se préparent à ouvrir les portes de leur foyer à des réfugiés ukrainiens.
  • Des municipalités, préfectures et associations sont mobilisées pour recenser toutes ces bonnes volontés.

Ils sont plus d’un million à avoir pris la route de l’exil. Une semaine après le début de l’offensive russe en Ukraine, la population fuit massivement son pays, où les bombardements s’intensifient. Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) a ainsi recensé 1.038.583 réfugiés sur son site internet dédié jeudi. Parmi eux, « plus de la moitié » sont des enfants, a estimé le directeur régional adjoint de l’Unicef en Europe, Philippe Cori. Et le nombre de réfugiés risque de s’élever à quatre millions de personnes « si les combats ne s’arrêtent pas », a-t-il ajouté.

Partout en Europe, et notamment en France, la solidarité s’organise. Des collectes d’argent et de matériel médical ont été lancées pour aider la population restée en Ukraine. Dans le même temps, nombreux sont celles et ceux prêts à accueillir les réfugiés ukrainiens qui commencent à arriver dans l’Hexagone.

« Donner un peu de répit à une famille et inculquer l’entraide a nos enfants »

Corinne se tient prête. « J’accueille cette semaine une famille de six personnes qui est sur la route : un père de famille, sa maman de 71 ans, son épouse et ses trois enfants de 9, 7 et 5 ans. Un décret précise que les pères de trois enfants et plus ne sont pas mobilisés. Je les connais depuis 2004, les mettre en sécurité était une évidence ». Daoudi, lui, ne connaît personne en Ukraine, mais face aux images de bombardements, il « n'[a] pas réfléchi longtemps : avec ma femme, on s’est tout de suite dit que nous devions accueillir des réfugiés ». Pour ce père de deux jeunes enfants, le but de cette démarche est de « donner un peu de répit à une famille et inculquer l’entraide à nos enfants », explique-t-il, pas effrayé une seconde par « la barrière de la langue ».

Un état d’esprit que partage Alicia. « Les Ukrainiens n’ont rien demandé et subissent cette attaque terrible. C’est important de les aider : si nous étions dans leur cas, nous serions heureux que quelqu’un fasse ce geste. C’est cet exemple de solidarité que je veux montrer à mes enfants », poursuit la mère de famille. Encore faut-il savoir comment s’organiser. « C’est compliqué de trouver des informations sur la marche à suivre ». Comme elle, Samy ne sait pas « à qui adresser [sa] proposition d’accueil, alors que j’ai un studio que je souhaiterais mettre à la disposition d’une famille ».

Le réseau associatif en action

Sur le terrain, nombre d’associations se sont mobilisées pour recenser les volontaires et les mettre en relation avec les réfugiés en chemin. C’est par cette voie que « nous nous sommes portés volontaires auprès d’une association locale aidant des orphelins de Tchernobyl pour accueillir une famille, explique Jérôme. Nous n’avons aucun lien avec l’Ukraine, mais en voyant la situation, et puisque l’Europe ne peut intervenir militairement en Ukraine sans risquer de déclencher une guerre nucléaire, le minimum que l’on puisse faire est de soutenir ce peuple courageux est d'accueillir ces familles en France ».

Quand au lendemain des premiers bombardements, Romuald a entendu à la radio un appel à la mobilisation lancé par une association, il en a aussitôt parlé à Eva, son épouse. « On s’est dit "si on ne le fait pas avec la place qu’on a dans notre grande maison, qui le fera ?" » Les jeunes parents ont répondu à l’appel de l’association humanitaire Les Joyeux petits souliers, très impliquée dans la ville de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. « Nous avons ensuite lancé un appel aux dons sur les réseaux sociaux pour aménager un appartement à l’étage de notre maison. Et les dons ont afflué en masse, nous allons pouvoir offrir tout le confort possible à une famille de réfugiés ».

Des initiatives lancées par plusieurs municipalités et préfectures

Michel, lui, accueille régulièrement des réfugiés depuis cinq ans dans sa ville de Voreppe, en Isère. « D’abord une famille mongole, puis trois familles syriennes. Ensuite, nous avons créé l’association Voreppe Solidarités Réfugiés, et menons nos démarches en collaboration avec le maire. Aujourd’hui, nous sommes une vingtaine de bénévoles qui œuvrons à l’insertion des réfugiés dans la cité, avec un accompagnement dans les démarches administratives, l’apprentissage du français, l’aide aux devoirs des enfants ou l’accompagnement médical et la recherche d’emploi. Et nous préparons l’arrivée de femmes et d’enfants ukrainiens : plusieurs familles de Voreppe se sont déjà proposées pour les accueillir et le maire est mobilisé ».

Comme Voreppe, plusieurs municipalités et préfectures ont lancé des initiatives pour favoriser l’accueil d’Ukrainiens. C'est le cas de Lille, mais aussi de Toulouse, où la mairie recense les familles proposant un hébergement. Parmi elles, Dorothy, « arrière-petite-fille d’immigrés polonais arrivés dans le Pas-de-Calais dans les années 1930. L’exode de ces Ukrainiens fait écho à ce qu’ont vécu mes grands-parents, qui ont fui pour échapper à l’invasion de l’Allemagne nazie. Aujourd’hui, je vis à Toulouse avec mon mari dans une grande maison, les enfants sont partis. C’est donc tout naturellement que nous nous sommes inscrits sur le site de la mairie pour proposer une grande chambre dans la chaleur de notre foyer ».

Une plateforme pour centraliser toutes les initiatives

Sandy, qui vit avec ses enfants dans les Alpes, près de la frontière italienne, a elle aussi l’habitude d’accueillir des réfugiés dans sa grande maison. Et se tient prête pour ouvrir son foyer à des Ukrainiens, elle qui a déjà visité leur pays. « J’ai de la place, l’envie et le temps de prendre soin d’eux le temps qu’il faudra, les accompagner dans cette page de leur vie et un jour, je l’espère, les raccompagner dans leur pays et revoir l’Ukraine libre. Mais depuis quatre jours, j’envoie des mails au consulat, à l’ambassade, en vain. Et la mairie ne fait rien. J’ai finalement réussi à m’inscrire sur la liste d’une commune voisine qui va être transmise à la préfecture des Hautes-Alpes, et j’attends un retour ». Comme elle, Yannick et son épouse ont contacté plusieurs structures. « On attend des réponses et on cherche des associations dans notre région ».

Cette envie d’aider sans trop savoir comment s’y prendre, Camille Cocaud l’a aussi éprouvée : « En cherchant sur Internet, j’ai vu que c’était difficile de s’y retrouver ». C’est pour répondre à tous ces volontaires que la jeune femme, consultante digitale, a lancé il y a quelques jours le collectif WeUkraine, « une plateforme qui recense toutes les initiatives citoyennes et humanitaires destinées aux Ukrainiens. J’ai soumis le projet à mon réseau professionnel et plus de cent volontaires ont répondu à l’appel pour développer la plateforme, répondre aux questions, centraliser et relayer les initiatives sûres de grandes associations ou ONG, ou d’associations culturelles franco-ukrainiennes bien implantées dans le tissu local. Et de s’assurer que le site tient face au flux et à d’éventuelles cyberattaques », détaille-t-elle.

Sur la plateforme, « il suffit de remplir un formulaire, et selon sa localité, on accède à une liste d’initiatives lancées près de chez soi, avec des coordonnées pour mettre en lien volontaires et associations ». Philippe, lui, se prépare à accueillir « une mère et son fils de 16 ans, ainsi que leur chat, précise-t-il. Ils sont pour l’heure à Mukatchevo, dans l’ouest de l’Ukraine, après avoir quitté la capitale. Ils seront là dans les prochains jours ».