Guerre en Ukraine : Qui sont les « Kadyrovtsy », les troupes du président tchétchène ?

CONFLIT Connues pour leur brutalité et leur soutien indéfectible à Vladimir Poutine, les troupes tchétchènes sont venues prêter main-forte à l’armée russe en Ukraine

Manon Aublanc
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Un membre de l'armée tchétchène avec le portrait du président Ramzan Kadyrov à Grozny, le 9 mai 2013.
Un membre de l'armée tchétchène avec le portrait du président Ramzan Kadyrov à Grozny, le 9 mai 2013. — ELENA FITKULINA / AFP
  • Au lendemain de l’offensive russe en Ukraine, le président tchétchène, Ramzan Kadyrov, a annoncé l’envoi de troupes pour aider les soldats de Vladimir Poutine.
  • Ces soldats, appelés les « Kadyrovtsy », sont connus pour leur brutalité et leur soutien indéfectible à Vladimir Poutine.
  • Torture, enlèvements, meurtres… Les « Kadyrovtsy » sont régulièrement accusés de graves violations des droits envers les opposants politiques, les femmes et les personnes LGBT.

Si l’Union européenne a décidé de travailler main dans la main pour aider l’Ukraine, Vladimir Poutine, lui, peut compter sur le soutien indéfectible de Ramzan Kadyrov, le président tchétchène, qui a mobilisé ses soldats la semaine dernière pour venir en aide aux troupes russes.

Mais l’armée de cette république russe du Caucase à majorité musulmane, dirigée d’une main de fer par Ramzan Kadyrov depuis 2007, est surtout connue pour sa violence et sa brutalité. Actes de tortures et barbarie, enlèvements, meurtres… Les troupes tchétchènes, appelées les « Kadyrovtsy », sont régulièrement accusées de graves violations des droits envers les opposants politiques, les femmes et les personnes LGBT. Qui sont-ils ? Quel est leur rôle dans cette guerre ? 20 Minutes fait le point.

Des persécutions contre les homosexuels

Il n’aura pas fallu longtemps au président tchétchène pour apporter son soutien à Vladimir Poutine. Vendredi, au lendemain de l’offensive russe en Ukraine, Ramzan Kadyrov a réuni ses troupes à Grozny, la capitale tchétchène, pour annoncer son engagement aux côtés de Moscou, selon Novaïa Gazeta, un journal d’opposition russe. « Je saisis l’occasion pour conseiller au président Zelensky, jusqu’à ce qu’il soit l’ancien président de l’Ukraine, d’appeler notre président, le commandant en chef Vladimir Vladimirovitch Poutine, et de lui présenter ses excuses », a déclaré devant une foule immense de combattants, ont rapporté plusieurs médias internationaux.

Ces soldats, appelés les « Kadyrovtsy », font partie des « forces de sécurité intérieure de la Tchétchénie, qui elle-même fait partie de la fédération russe », explique à 20 Minutes le spécialiste Wassim Nasr, journaliste et analyste spécialiste des mouvements djihadistes chez France 24. « Ils ont participé à plusieurs opérations à l’étranger, comme dans le Donbass en 2014 ou en tant que police militaire en Syrie en 2016 », ajoute l’auteur du livre Etat islamique, le fait accompli, aux éditions Plon.

Ces « hommes de main du président Kadyrov » sèment la terreur à l’étranger, mais également en Tchétchénie où ils ont commis « des exactions contre leur propre population », poursuit le spécialiste. « Ils sont connus pour des actes d’une brutalité sans nom, et ce en toute impunité », ajoute Aude Merlin, membre du Cevipol enseignant à l’Université Libre de Bruxelles, spécialiste de la Russie et du Caucase, à 20 Minutes. En 2017, le quotidien Novaïa Gazeta avait révélé que des homosexuels avaient été arrêtés, parfois torturés, et enfermés dans des camps ou assassinés par les hommes de Kadyrov, qui incitaient également leurs familles à les tuer pour « laver leur honneur ». La même année, trois associations LGBT françaises avaient d’ailleurs déposé plainte pour « génocide » devant la Cour pénale internationale contre le président Ramzan Kadyrov pour des persécutions commises contre les homosexuels dans le pays.

Pas des djihadistes

Si la population tchétchène est majoritairement musulmane, les « Kadyrovtsy », eux, ne sont pas des djihadistes, tient à rappeler Wassim Nasr, pointant une erreur régulièrement commise : « Ce sont des musulmans, mais ce ne sont pas des djihadistes. Ils n’ont aucun lien avec l'Etat islamique ou avec Al-Qaida, ils se battent dans les rangs de l’armée russe contre les terroristes, poursuit-il. Ce n’est pas pour autant que ce ne sont pas des fanatiques, qu’ils ne sont pas responsables d’exactions. D’ailleurs, l'Etat islamique et Al-Qaida les considèrent comme des apostats, des mercenaires. »

Sur les réseaux sociaux, de nombreuses vidéos sont partagées depuis plusieurs jours, montrant les combattants de Ramzan Kadyrov aux côtés des troupes russes en Ukraine. « Ils ont eux-mêmes diffusé des images de leur déploiement », explique le spécialiste.



« On n’a pas encore d’images d’eux au combat mais, sur les images diffusées, on peut voir qu’ils sont majoritairement présents dans le nord du pays, dans la zone d’exclusion de Pripiat où se trouve la centrale nucléaire de Tchernobyl, aux côtés des chars russes », ajoute-t-il, sans pouvoir estimer leur nombre.

Un signal envoyé aux alliés de Moscou

Et pour Wassim Nasr, les troupes de Kadyrov, qui devraient très probablement être assignés aux combats urbains, pourraient jouer un rôle psychologique. « Les Kadyrovtsy font peur aux Ukrainiens, ils pourraient avoir un effet sur les soldats. »



« Ce n’est vraiment pas une bonne nouvelle pour l’Ukraine, ce sont des combattants expérimentés connus pour leur barbarie et leur violence », met en garde Carole Grimaut Potter, professeure de géopolitique de la Russie à l’Université Montpellier et à l’Institut Diplomatique de Paris et fondatrice du think tank CREER à Genève.

Pour la spécialiste, la présence des troupes tchétchènes aux côtés des Russes n’est pas étonnante : « Kadyrov est un soutien indéfectible de Vladimir Poutine, il est au pouvoir grâce à lui. Il y a un accord entre les deux hommes, la Tchétchénie est sous perfusion économique de Moscou à condition que Kadyrov dirige le pays d’une main de fer. » Si l’engagement des « Kadyrovtsy » montre la loyauté de la Tchétchénie envers le Kremlin, c’est aussi un signal fort envoyé par le président russe à ses alliés, selon la professeure : « Ça lui permet de prouver qu’il n’est pas seul, qu’il a des alliés. C’est un message pour les autres républiques. Il faut espérer que ça se limitera à la Tchétchénie. »