Mali : Tout comprendre au « retrait coordonné » des opérations militaires de la France et de ses alliés

SAHEL La France a annoncé ce jeudi le retrait du Mali des opérations militaires antidjihadistes Barkhane et Takuba

20 Minutes avec AFP
— 
Mali : La France et ses alliés annoncent un « retrait coordonné » de leurs opérations militaires — 20 Minutes

Poussés dehors par la junte au pouvoir à Bamako, la France et ses partenaires européens ont officialisé ce jeudi leur retrait militaire du Mali au terme de neuf ans de lutte antidjihadiste menée par Paris, tout en affirmant vouloir rester engagés auprès des pays sahéliens et du golfe de Guinée. Quand et pourquoi ces retraits des opérations militaires antidjihadistes Barkhane et Takuba interviennent-ils ? 20 Minutes fait le point.

L’opération Barkhane, c’était quoi ?

La France est militairement présente depuis 2013 au Mali, proie des groupes djihadistes qui sévissent aussi dans d’autres Etats sahéliens. Paris est intervenu pour enrayer la progression des groupes islamistes radicaux menaçant Bamako et a ensuite mis sur pied une vaste opération régionale, Barkhane, déployant des milliers de soldats pour lutter contre les franchises locales   d'al-Qaida et de l'organisation de l'Etat islamique. Facteur aggravant, le gouvernement malien a été renversé lors d’un double coup d’Etat en 2020 et en 2021, aboutissant à l’arrivée au pouvoir d’une junte qui refuse d’organiser des élections avant plusieurs années et qui surfe sur un sentiment antifrançais croissant dans la région.

Comment expliquer ce retrait des forces armées françaises et européennes du Mali ?

La France et ses partenaires européens ne partagent pas la « stratégie » et « les objectifs cachés » de la junte de Bamako, a déclaré jeudi Emmanuel Macron pour expliquer le retrait militaire du Mali. La France, ses partenaires européens et le Canada ont le retrait des opérations militaires antidjihadistes Barkhane et Takuba du fait de la dégradation des relations avec la junte à Bamako. « Les conditions politiques, opérationnelles et juridiques ne sont plus réunies » et les pays ont décidé « le retrait coordonné » du Mali, tout en assurant de leur « volonté de rester engagés dans la région » du  Sahel en proie à la contagion djihadiste, selon une  déclaration conjointe.



« Nous ne pouvons pas rester engagés militairement aux côtés d’autorités de fait dont nous ne partageons ni la stratégie ni les objectifs cachés. C’est la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui au Mali. La lutte contre le terrorisme ne peut pas tout justifier, elle ne doit pas, sous prétexte d’être une priorité absolue, se transformer en exercice de conservation indéfinie du pouvoir », a ajouté Emmanuel Macron.

Comment ce désengagement sera-t-il mis en place ?

La fermeture des dernières bases françaises au Mali prendra de « quatre à six mois », a déclaré jeudi Emmanuel Macron. « Nous allons donc progressivement fermer, dans un exercice qui va prendre quatre à six mois, les bases qui sont présentes au Mali. Pendant ce temps (…) nous allons continuer d’assurer les missions de sécurisation de la Minusma », la Mission de l’Onu au Mali, forte de plus de 13.000 Casques bleus, a déclaré le président en conférence de presse.

Enfin, Emmanuel Macron a « récusé complètement » l’idée d’un échec français au Mal. « Que se serait-il passé en 2013 si la France n’avait pas fait le choix d’intervenir ? Vous auriez à coup sûr un effondrement de l’Etat malien », a-t-il fait valoir, en ajoutant qu'« ensuite nos militaires ont obtenu de nombreux succès », dont l’élimination de l’émir d’al-Qaida au Maghreb Islamique (Aqmi) en juin 2020.

La france restera-t-elle présente militairement en Afrique ?

Selon une source proche de l’Elysée, la France a promis de coordonner son retrait avec la mission de l’ONU au Mali et la Mission de formation de l’Union européenne au Mali (EUTM), qui continueront de bénéficier d’un soutien aérien et médical français sur place, avant le transfert ultérieur de ces moyens.

Hors du Mali, Paris compte poursuivre la lutte antidjihadiste dans la région, où les mouvements affiliés à al-Qaida ou au groupe Etat islamique ont conservé un fort pouvoir de nuisance malgré l’élimination de nombreux chefs. Quelque 2.500 à 3.000 soldats français resteront ainsi déployés au Sahel au terme de leur retrait du Mali d’ici environ six mois, a indiqué ce jeudi l’état-major des armées françaises. « L’opération Barkhane va se poursuivre », a assuré le porte-parole des armées françaises. Mais « nous ne dupliquons pas le dispositif dans un autre pays d’Afrique de l’Ouest (…). Cette réarticulation va se fonder sur une nouvelle approche tactique et stratégique ».

Outre un possible renforcement de sa présence au Niger voisin, qui héberge déjà une base aérienne française et 800 militaires, Paris ambitionne de proposer ses services à d’autres pays d’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Sénégal, Bénin, etc.) pour les aider à contrer la propagation du djihadisme vers le golfe de Guinée.