Mali : Comment l’opération Barkhane s’est transformée en « opération fiasco »

ARMEE Emmanuel Macron réunit ce mercredi un mini-sommet sur le Mali, avant l’annonce d’un retrait des forces Barkhane rendu inévitable par les relations exécrables avec la junte au pouvoir à Bamako

Camille Poher
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Avec plus de 5.000 militaires déployés dans cinq pays du Sahel, l'opération Barkhane avait pour objectif de contenir l'avènement d'un nouveau foyer djihadiste en Afrique de l'Ouest.
Avec plus de 5.000 militaires déployés dans cinq pays du Sahel, l'opération Barkhane avait pour objectif de contenir l'avènement d'un nouveau foyer djihadiste en Afrique de l'Ouest. — ANTONIN BURAT / ZEPPELIN/SIPA
  • Ce mercredi soir, Emmanuel Macron réunit un mini-sommet de plusieurs dirigeants africains et européens pour faire le point sur l'opération Barkhane.
  • A cette occasion, le président de la République française devrait mettre officiellement fin au dispositif militaire français au Sahel, lancé dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
  • Entre montée du terrorisme et putsch militaire, retour sur celle qu’on peut aussi nommer, « l'opération fiasco ».

L’annonce officielle ne devrait plus tarder. Neuf ans après le déclenchement en 2013 de l’opération Serval, celle qui devint l’année suivante l’opération Barkhane, devrait commencer sa décrue, dès ce mercredi.  Emmanuel Macron réunit en effet dans la soirée à Paris, les chefs d’Etat de pays sahéliens (Niger, Tchad et Mauritanie) et ceux de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Objectif : annoncer un retrait du Mali des forces françaises «   Barkhane » en marge d’un sommet Union européenne – Union africaine prévue à Bruxelles dès demain. Entre montée du terrorisme et putsch militaire, retour sur celle qu’on peut aussi nommer, l'« opération fiasco ».

Le retour des djihadistes

Lancée le 1er août 2014, l’opération Barkhane avait pour but, dans un premier temps, de lutter contre la montée du djihadisme dans les pays de la bande sahélo-saharienne : Mauritanie, Mali,  Niger, Tchad et  Burkina Faso. « A l’origine, l’opération était une réussite, les villes du nord du Mali ont été libérées et les grandes bases djihadistes vaincues », se rappelle   Michel Goya, ancien officier des troupes de marine et historien. C’est la seconde partie du plan qui n’a jamais réussi à voir le jour. « L’opération devait ensuite permettre aux forces militaires maliennes de maintenir la pression sur ces groupes  djihadiste. Cela n’a jamais eu lieu », ajoute le militaire.

Pour Amzat Boukari-Yabara, historien spécialiste du continent africain, trois raisons qui expliquent cet échec : « Premièrement, l’espace est immense, quasiment aussi grand que l’Union européenne et donc très difficile à quadriller. Ensuite, les armées africaines n’ont pas été formées, entraînées et équipées suffisamment pour avoir la mainmise sur les opérations. » Enfin, la France et les Occidentaux en général, n’auraient pas réussi à « remonter à la source du financement des groupes terroristes ». Résultat : un retour en masse des djihadistes sur le territoire mais aussi l’apparition de nouveaux groupes  terroristes.

« Le djihadisme s’est clairement étendu. L’apparition de l'Etat islamique au Grand Sahara ou encore le  Front de libération du massina au centre du  Mali en sont la preuve », explique Michel Goya. Réimplantés dans la plupart des régions rurales, les groupes terroristes ont ainsi repris le pouvoir dans le pays. « Aujourd’hui 75 % du territoire malien échappe à l’autorité de Bamako », conclut l’ancien officier des troupes de marine.

Prise de pouvoir de la « junte »

Après avoir renversé le gouvernement malien en 2020, le colonel Assimi Goïta est devenu président du pays à l’issue d’un second putsch en mai dernier. Jouissant d’une large popularité à  Bamako, cette junte (groupe de militaires de haut rang qui se saisissent du pouvoir politique), ne semble pas craindre le retrait des troupes françaises du Mali. Plus encore, elle souhaite son départ. « La junte malienne joue beaucoup sur la fibre souverainiste pour légitimer son pouvoir et juge l’intervention française relativement inefficace. Elle s’est rapidement retrouvée en opposition avec la France mais est devenue très populaire auprès des maliens en parallèle », analyse Michel Goya.

Pour Amzat Boukari-Yabara, il est cependant important de modérer l’utilisation du terme « junte », pour mieux en saisir les contours : « La junte est constituée de militaires, son chef, Assimi Goita, est bien un colonel. Mais aussi de civils, comme c’est le cas de son premier ministre Choguel Maïga. » Selon l’historien, c’est ce qui fait la force, la popularité et la potentielle pérennité du pouvoir en place. « La  junte, comme on l’appelle, est assez démocratique. Elle a mis en place des assises nationales, des sortes d’états généraux, pour permettre à la société civile de s’exprimer sur les transitions nécessaires au pays », détaille-t-il.

Quelle suite pour le Mali ?

Selon Amzat Boukari-Yabara, le Mali peut s’en sortir, malgré la fin de l’opération Barkhane, « le pays entamant un travail diplomatique avec de nouveaux partenaires comme la Russie ». En effet, bien que faisant largement polémique, le Mali accueille en son sein le groupe « Wagner », une entité de sécurité privée russe. Soit environ un millier de mercenaires, selon les autorités françaises, qui auraient pour objectif de protéger la junte au pouvoir à Bamako.

Sur un plan plus militaire, pour Michel Goya : « la grande inconnue : c’est le ciel ». Pour l'ancien officier, la question de l’espace aérien va être à poser dans les prochains mois : « Il est important de déterminer si l'on pourra encore voler au-dessus du pays et ainsi continuer à venir en aide aux forces maliennes. » Des questions qui trouveront peut-être réponse ce soir lors du mini-sommet diligenté par notre chef des armées. Mais une chose est certaine, après neuf ans de présence, la plus longue présence française à l’étranger après   l'Afghanistan, la fin semble proche pour l’opération Barkhane.