Conflit Ukraine – Russie : Comment on a frôlé la déclaration de guerre tout le week-end

ESCALADE Les Etats-Unis ont alerté vendredi soir sur l’imminence d’une attaque russe, déclenchant une série d’appels entre dirigeants tout le week-end

Xavier Regnier
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De part et d'autre de la frontière, les troupes sont en attente. Ici, une division américaine postée en Pologne.
De part et d'autre de la frontière, les troupes sont en attente. Ici, une division américaine postée en Pologne. — Beata Zawrzel/AP/SIPA
  • L’ambiance semblait s’alourdir à mesure que la liste des pays recommandant à leurs ressortissants de quitter l’Ukraine s’allongeait. Les Etats-Unis étaient les premiers à dégainer vendredi matin. Ont suivi la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas…
  • La journée de samedi fut en fait une longue série de coups de fil entre dirigeants avec des annonces alarmistes, notamment du côté des Américains qui ont évoqué à plusieurs reprises la possibilité d’une guerre avant la fin des JO.
  • Pour la première fois depuis le début du conflit, Kiev et Moscou ont eu l’occasion de parler d’une même voix, dénonçant l’attitude « hystérique » des Américains, multipliant des annonces alarmistes qui « provoquent la panique ».

Electrique, tendue, explosive… Les mots sont presque trop faibles pour décrire l’ambiance qui règne en Ukraine. Après des semaines de conflit larvé, la diplomatie semblait pourtant avoir pris le pas sur les bravades militaires, notamment avec  le déplacement d’Emmanuel Macron. Vendredi midi, la principale information restait d’ailleurs l’  explication de la longueur de la table qui le séparait de Vladimir Poutine au Kremlin. Mais l’escalade des mots a soudain repris vie, si bien qu’on a cru que tout pourrait basculer. Récit d’un week-end passé à surveiller une déclaration de guerre.

Alertes américaines

L’ambiance semblait s’alourdir à mesure que la liste des pays recommandant à leurs ressortissants de quitter l’Ukraine s’allongeait. Les Etats-Unis ont lancé le mouvement dès vendredi matin, suivis par la Grande-Bretagne le soir, puis la Belgique, l’Allemagne et les Pays-Bas samedi. Dans le même temps, plusieurs pays lançaient l’évacuation de leur personnel diplomatique non-essentiel. Après une réunion des pays occidentaux dans l’après-midi, la Maison Blanche tirait la sonnette d’alarme en début de soirée, expliquant craindre que les Russes  n’attendent pas la fin des Jeux olympiques pour attaquer. Voire, que la guerre pourrait être déclarée dans le week-end.

Branle-bas de combat. Plus réactif que tout le monde, Emmanuel Macron obtient un rendez-vous avec Vladimir Poutine pour le lendemain, à 12h30. La journée de samedi fut en fait une longue série de coups de fil entre dirigeants : Macron-Poutine, Biden-Poutine,  Blinken (Secrétaire d'Etat américain)-  Lavrov (ministre russe des affaires étrangères), Macron-  Zelensky (président ukrainien)… L’incident militaire, tant redouté aux abords d’une frontière surarmée, a quant à lui failli intervenir là où ne l’attendait pas : dans le  Pacifique, la marine russe annonçant avoir mis en fuite un sous-marin américain en maraude dans ses eaux territoriales.

Russie et Ukraine dénoncent la « panique » américaine

L’armée américaine a démenti dimanche matin. Mais pour la première fois depuis le début du conflit, Kiev et Moscou ont eu l’occasion de parler d’une même voix, dénonçant l’attitude « hystérique » des Américains, multipliant des annonces alarmistes qui « provoquent la panique ». Dans une tentative de calmer l’escalade côté occidental, le président ukrainien Volodymyr Zelensky s’est entretenu dimanche avec Joe Biden.

Mais c’est l’Allemagne qui a remis une pièce dans la machine dimanche. Critiqué par l’ambassadeur ukrainien à Berlin pour sa discrétion, le gouvernement d’Olaf Scholz a alors multiplié les prises de paroles. D’abord pour rappeler que des sanctions, à la fois financières et sur les exportations vers la  Russie, seraient « immédiatement » mises en place en cas de guerre. Ensuite pour rejeter toute « responsabilité » sur Moscou si un conflit éclatait.

Pour conserver un semblant de sérénité, l’Ukraine a annoncé le maintien de l’ouverture de son espace aérien, malgré la suspension des vols de KLM. Et niveau troupes ? La Russie a lancé un exercice naval le long de la côte de Crimée, pendant que les Etats-Unis retiraient leurs 150 soldats postés en Ukraine pour en déployer 3.000 en Pologne. Les pièces bougent sur l’échiquier, mais personne ne semble déterminé à porter le premier coup.