La lente intégration des travailleurs de l'Est

Sophie Cois

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Le plombier polonais est de retour. L'Union européenne doit lever demain les dernières restrictions pour permettre aux ressortissants des pays de l'Est de venir travailler librement dans la « vieille Europe ». Il aura fallu cinq ans pour que les habitants des huit Etats concernés - la République tchèque, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Hongrie, la Pologne, la Slovénie et la Slovaquie - bénéficient des mêmes droits que les autres. Depuis leur adhésion en 2004, ils sont en effet soumis à des restrictions sur la libre circulation dans l'UE, un droit pourtant fondamental.

A compter de demain, ils pourront désormais travailler partout... ou presque, car deux pays font encore de la résistance. Craignant que les travailleurs de l'Est ne perturbent leur marché de l'emploi, l'Allemagne et l'Autriche ont déposé lundi une demande de dérogation auprès de Bruxelles pour prolonger les restrictions jusqu'en 2011. Celles-ci ont été levées par la quasi-totalité des Etats membres entre 2004 et 2008. La France, par exemple, a surmonté sa peur du « plombier polonais » en juillet 2008, au début de sa présidence de l'UE. Après hésitation, la Belgique et le Danemark ont eux aussi renoncé à demander une dérogation. Cette décision réjouit la Commission, qui avait averti en coulisses que la crise ne serait pas un argument suffisant pour maintenir les restrictions. Afin de rassurer la vieille Europe, Bruxelles avait publié une étude en novembre, affirmant que « les flux de mobilité (...) ont eu une incidence nettement positive sur la croissance économique de l'UE ». A la crainte de voir les travailleurs de l'Est prendre les emplois des nationaux, la Commission répondait ainsi que la levée des restrictions permettait au contraire de résorber le travail au noir.

La décision de la Belgique et du Danemark relève aussi d'une question d'image et de symbole. « Bruxelles, en tant que capitale de l'Europe, se devait de respecter la demande des huit pays membres qui revendiquaient un traitement égal », confie Alice Garrot, conseillère au cabinet de la ministre belge de l'Emploi.

Mais les arguments de la Commission n'ont pas suffi à convaincre l'Allemagne et l'Autriche, qui justifient leur décision par leur proximité avec les pays de l'Est. « Le contexte de crise les pousse aussi à une certaine prudence », explique Christian Lequesne, directeur du Ceri-Sciences-Po. A cinq mois des élections législatives, l'Allemagne argue que son taux de chômage a brutalement augmenté en mars. Elle compte près de 3,6 millions de demandeurs d'emploi, mais ce chiffre pourrait croître d'un million en 2010. Selon Christian Lequesne, ces deux pays veulent aussi gagner du temps vis-à-vis de leurs opinions publiques, avant de devoir lever toutes les restrictions le 1er mai 2011. W