Content mais pas satisfait de ses 100 premiers jours, Obama regarde devant

ETATS-UNIS A l'occasion de ce cap symbolique, le président a tenu sa 3e conférence d'actualité...

Philippe Berry

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Le président Barack Obama au G20 à Londres le 1er avril 2009
Le président Barack Obama au G20 à Londres le 1er avril 2009 — Phil Noble / Reuters
De notre correspondant à Los Angeles

Un exercice bien rôdé. Pour sa 3e conférence d’actualité, mercredi soir, Barack Obama a navigué entre les dossiers chauds, parmi lesquels la grippe mexicaine s’est invitée.
 

Pas de fermeture de la frontière mexicaine pour l’instant
Avant de procéder au bilan de ses 100 jours, Obama a fait le point sur le dossier brûlant du moment. La pandémie de grippe, jugée «imminente» par l’OMS, est «une cause profonde d’inquiétude, mais pas de panique», selon le président, qui a demandé 1,5 milliard de dollars au Congrès pour apporter une réponse adéquate à cette crise. «Pensez-vous devoir fermer la frontière mexicaine?», lui demande un journaliste. «J'ai largement consulté nos experts en santé publique. A ce stade, ils ne recommandent pas de fermer la frontière», a-t-il répondu. «D'après eux, ce serait comme fermer la porte de l’écurie une fois les chevaux échappés, car nous avons déjà des cas aux Etats-Unis.» Obama a confirmé qu’une centaine d’écoles faisant face à des cas suspects seraient fermées par «précaution».

 
 

«Un bon début, mais ce n’est qu’un début»
Rendu populaire par Roosevelt, qui avait, lui aussi, dû faire face à une crise, le cap des 100 jours a été évoqué par Obama dans son mini discours d’ouverture. Rappelant les accomplissements de son gouvernement, le président s’est dit «content mais pas satisfait». «C’est un bon début, mais ce n’est qu’un début», a-t-il martelé. Il entend poursuivre un effort «acharné» pour mener à bien les réformes «dans les 100 prochains jours, et les 100 suivants et tous ceux après». Une tirade et un sourire sans doute adressés aux journalistes, qui ont fort médiatisé ce cap. Interrogé sur sa plus grande surprise jusqu’ici, Obama a plaisanté: «En général un président a 3 ou 4 crises à gérer. Là on en a 7 ou 8 en même temps. Parfois j’aimerais bien avoir un bouton pour accélérer les choses, mais il faut être humble. Le président n’est qu’une pièce de la tapisserie». Il a confié son «optimisme» qu’une solution, passant éventuellement par «une banqueroute temporaire», soit trouvée pour Chrysler, et pense que General Motors a «le potentiel pour être viable à long terme». Enfin, en politique intérieure, Obama fait de la réforme du système de santé et des régulations financières sa priorité. Il espère pouvoir signer une réforme de l’immigration d’ici un an, avec «l’aide de certains républicains comme John McCain».

 
 

L’épineuse question de la torture
Parmi la douzaine de questions posées par les correspondants des grands médias américains à la Maison Blanche, une a mis Obama sur la défensive: «L’administration Bush a-t-elle cautionné la torture?» Il a d’abord esquivé: «Je le répète, le waterboarding viole nos idéaux, et c’est pour ça que j’ai mis fin à cette pratique». Il considère cette simulation de noyade comme «de la torture». Poussé par un journaliste, il a estimé que le cadre juridique mis au point sous la précédente administration pour justifier  l'utilisation du waterboarding «était une erreur». Il a défendu la déclassification des mémos de la CIA (critiquée par nombre de républicains) mais a évité de se prononcer sur d’éventuelles poursuites. Sur le même chapitre de la guéguerre avec les républicains, Obama a affirmé que sa main tendue «était sincère» mais que les républicains ne pouvaient pas continuer à dire non dès qu’il n’intégrait pas «100% de leurs suggestions». Il s’est réjoui du changement de bord du sénateur de Pennsylvanie Arlen Specter, qui a sauté du navire républicain à la dérive cette semaine. Obama rejette cependant l’idée qu’il soit sur le point de disposer des pleins pouvoirs: «Tout comme beaucoup de sénateurs démocrates, Arlen Specter a une opinion bien trempée et ne sera pas toujours d’accord avec moi.»

 
 

L’inquiétude pakistanaise
L’Irak a à peine été évoqué, Obama maintenant le calendrier de son plan de retrait progressif malgré les récentes violences. En revanche, le président s’est dit «gravement inquiet» de la situation au Pakistan, avec un gouvernement civil «très fragile» et une armée «qui commence seulement à réaliser que la menace principale ne vient pas d’Inde mais de l’intérieur et des Talibans». Obama conclut : «Je suis confiant dans notre capacité à nous assurer que l’arsenal nucléaire du Pakistan soit en sécurité et qu’il restera hors de portée des mains des extrémistes».