Canada : Nouvelles manifestations contre les mesures sanitaires

MOBILISATION Ce samedi matin, les premiers manifestants sont arrivés dans la capitale par un froid glacial pour se rassembler autour de feux de camp, agitant des drapeaux canadiens et des pancartes contre le gouvernement

B.D. avec AFP
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Des manifestants contre mes mesures sanitaires liées au Covid dans les rues de Toronto, au Canada, le 5 février 2022.
Des manifestants contre mes mesures sanitaires liées au Covid dans les rues de Toronto, au Canada, le 5 février 2022. — Geoff Robins / AFP

Ottawa, Toronto, Québec : les opposants aux mesures sanitaires au Canada, dont certains occupent le centre-ville de la capitale fédérale depuis une semaine, ont commencé à se rassembler ce samedi pour réclamer la levée des restrictions. Cette contestation, partie d’un mouvement de camionneurs dans l'ouest du pays, s’est transformée en occupation d’Ottawa : depuis huit jours, les rues devant le Parlement et sous les bureaux du Premier ministre Justin Trudeau sont occupées par des dizaines de camions et de manifestants.

Ce samedi matin, les premiers manifestants sont arrivés dans la capitale par un froid glacial pour se rassembler autour de feux de camp, agitant des drapeaux canadiens et des pancartes contre le gouvernement, dans une atmosphère plus festive que samedi dernier, où des drapeaux nazis avaient été observés. Certains ont commencé à monter des abris de fortune – les températures pourraient tomber à -30° C - et ils ont juré de ne bouger qu’une fois les restrictions levées. Jusqu’à 2.000 personnes pourraient rejoindre les camionneurs déjà présents dans les rues d’Ottawa, selon la police, qui attend également un millier de contre-manifestants. Les organisateurs ont assuré de leur côté attendre des dizaines de milliers de personnes.

« Notre liberté »

Vendredi, pour la première fois, la police a durci le ton envers les manifestants, promettant de « mettre fin à cette manifestation illégale et d’une dangerosité inacceptable », selon son chef Peter Sloly, sans toutefois fournir de calendrier précis. Malgré l’exaspération de la population d’Ottawa, le gouvernement a écarté la possibilité d’envoyer l’armée pour déloger les manifestants. Pour la mobilisation du week-end, 150 policiers supplémentaires ont cependant été déployés dans les rues de la capitale.

Doug Ford, le Premier ministre de la province de l’Ontario a redemandé aux manifestants de quitter Ottawa, dénonçant une situation « inacceptable » – une pétition en ce sens rassemblait vendredi après-midi près de 40.000 signatures. Jusqu’ici, aucun appel n’a pourtant fait reculer la détermination des manifestants, mobilisés au départ contre l’obligation vaccinale pour les camionneurs qui traversent la frontière entre le Canada et les Etats-Unis. « Nous leur tiendrons tête aussi longtemps qu’il le faudra pour se débarrasser des restrictions », a déclaré Jim Torma, l’un des coordinateurs de la contestation.

« La question, c’est pas celle du vaccin, c’est celle de notre liberté », a expliqué ce samedi matin Kimberly Ball, qui a fait cinq heures de route pour venir manifester avec son mari. « C’est vraiment, vraiment dur. (…) Quelques personnes que l’on connaît, des amis, ont perdu leur travail à cause de ces obligations » vaccinales, regrette-t-elle. Le mouvement est notamment soutenu par le milliardaire Elon Musk et l’ancien président américain Donald Trump.

Accès aux hôpitaux

Des manifestations similaires sont en cours ou sont prévues ce samedi dans le sud de l’Alberta, et dans les villes de Winnipeg, Toronto et Québec. La police de la grande métropole de Toronto a fermé dès vendredi certaines routes du centre-ville dans le but de minimiser les perturbations qui pourraient affecter l’accès aux services d’urgences et hôpitaux. Le maire de la ville, John Tory, a dit espérer une manifestation « respectueuse et pacifique ». « Nous voulons tous faire tout ce que nous pouvons pour éviter (de nous retrouver, ndlr) dans la situation d’Ottawa », a ajouté l’édile.

Les autorités canadiennes s’intéressent maintenant à ceux qui « financent et permettent cette démonstration illégale et nuisible », a indiqué le chef de la police d’Ottawa. Une campagne de financement participative a rassemblé plus de 10 millions de dollars canadiens (6,8 millions d’euros) pour les manifestants, mais la plateforme GoFundMe a retiré vendredi la cagnotte au motif qu’elle ne respectait pas ses conditions d’utilisation, et indiqué que les fonds restants seront redistribués à des organisations caritatives.

Même si la mobilisation des camionneurs n’est soutenue que par une minorité des Canadiens (32 % d’après un récent sondage), cela représente tout de même une frange plus large de la population que les simples non-vaccinés, qui correspondent à 10 % des adultes canadiens. Au Canada, les mesures sanitaires établies par les provinces restent très contraignantes, parmi les plus restrictives en Occident. La province du Québec est notamment l’une des régions au monde qui a imposé le plus de jours de confinement à sa population.