Guinée-Bissau : Un coup d’Etat avorté fait « plusieurs blessés graves et des morts », d’après le président Umaro Sissoco Embalo

VIOLENCES Le président s'est exprimé mardi, imputant le coup de force à ses décisions sur le narcotrafic et la corruption

20 Minutes avec AFP
En Guinée-Bissau, des coups de feu ont été entendus à proximité de la résidence du président le 1er février. Cette tentative de coup d'Etat a été avortée
En Guinée-Bissau, des coups de feu ont été entendus à proximité de la résidence du président le 1er février. Cette tentative de coup d'Etat a été avortée — AFPTV teams / AFP

Le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, a indiqué qu’une tentative de  coup d’Etat avortée menée mardi après-midi avait fait « plusieurs blessés graves et des morts ».

« Les assaillants auraient pu me parler avant ces événements sanglants ayant fait plusieurs blessés graves et des morts », a-t-il dit à la presse. Il n’a pas désigné clairement les auteurs du coup de force, mais l’a attribué aux « décisions (qu’il a) prises, notamment la lutte contre le narcotrafic et la corruption ».

La situation sous contrôle mardi soir

Le président Umaro Sissoco Embalo, a assuré mardi soir que son gouvernement contrôlait la situation, après ce que les pays de la région et l’Union africaine ont qualifié de tentative de coup d’Etat. « Je vais bien Alhamdoulillah » (Dieu merci), a écrit le président bissau-guinéen sur son compte Twitter. « La situation est sous contrôle gouvernemental ». « Tout va bien », avait-il dit plus tôt dans un très bref entretien téléphonique avec l’AFP. Embalo devait « s’adresser à la nation » mardi soir depuis le palais présidentiel, a indiqué son cabinet, signifiant que le chef de l’Etat avait pu retourner à la présidence.

La capitale de la Guinée-Bissau, petit pays pauvre à l’histoire politique troublée, a été le théâtre mardi du dernier en date d’une série de coups de force en Afrique de l’Ouest en moins de deux ans. Selon différents témoignages, des hommes en armes sont entrés en début d’après-midi dans le complexe du palais du gouvernement, qui abrite les différents ministères en périphérie de la capitale, près de l’aéroport, et où devait se tenir un conseil des ministres extraordinaire en présence du président et du Premier ministre Nuno Gomes Nabiam. Des témoignages ont présenté ces hommes comme des militaires, d’autres comme des civils.

« C’était la grosse panique »

Des tirs nourris ont ensuite été entendus une bonne partie de l’après-midi. Les alentours du palais ont été en proie à des mouvements d’habitants fuyant les lieux. Des hommes lourdement armés ont encerclé le complexe, où le président et les ministres étaient présumés bloqués, sans qu’on sache si ces hommes étaient des mutins ou des forces loyales au pouvoir.

Une Française de 36 ans vivant en Guinée-Bissau, jointe au téléphone par l’AFP, a raconté être allée chercher en toute hâte ses deux enfants dans une école proche du palais du gouvernement après avoir été informée inopinément de la fermeture de toutes les écoles. Son mari, travaillant dans une banque, a reçu lui aussi la consigne de rentrer chez lui. Au moment où elle passait devant le palais, elle a vu des soldats en armes y entrer, a-t-elle dit. « Ils ont fait sortir le personnel féminin. C’était la grosse panique », a relaté Kadeejah Diop, 36 ans.

Putschs et corruption

Ce qui s’est ensuite passé à l’intérieur du palais et l’identité des auteurs du coup de force restent indéterminés. Aucun bilan fiable d’éventuelles victimes n’a été communiqué. Un large cordon sécuritaire a été mis en place autour du palais, tenant les journalistes et les curieux à distance.

Avant le message du président, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) avait condamné « cette tentative de coup d’Etat et (tenir) les militaires responsables de l’intégrité physique du président Umaro Sissoco Embalo et des membres de son gouvernement ». Même son de cloche à l’Union africaine, dont le président de la Commission, Moussa Faki Mahamat, a dit suivre « avec grande inquiétude la situation en Guinée-Bissau, marquée par une tentative de coup d’Etat », selon un communiqué. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait réclamé plus tôt dans un communiqué « l’arrêt immédiat » des combats à Bissau et « le plein respect des institutions démocratiques du pays ».

La Guinée-Bissau habituée

La Guinée-Bissau, petit pays d’environ deux millions d’habitants frontalier du Sénégal et de la Guinée, est abonnée aux coups de force politique. Depuis son indépendance du Portugal en 1974 après une longue guerre de libération, elle a connu quatre putschs (le dernier en 2012), une kyrielle de tentatives de coup d’Etat et une valse des gouvernements. Depuis 2014, elle s’est engagée vers un retour à l’ordre constitutionnel, ce qui ne l’a pas préservée de turbulences à répétition, mais sans violence. Le pays pâtit d’une corruption endémique. Il passe aussi pour une plaque tournante du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe. Les forces armées jouent un rôle prééminent.

Depuis début 2020, Umaro Sissoco Embalo, un ancien général, est le chef de l’Etat, à la suite d’une présidentielle au résultat toujours contesté par le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap Vert (PAIGC), formation dominante depuis l’indépendance. Embalo, 49 ans, avait forcé son destin en février 2020 en mettant l’écharpe de président et en s’installant au palais présidentiel, malgré la persistance de la contestation. Au cours des derniers mois, il était à couteaux tirés avec le Premier ministre et la menace d’un limogeage de ce dernier et d’une dissolution du parlement planait constamment sur la vie politique nationale.

Ces évènements évoquent immanquablement les putschs en série qui agitent l’Afrique de l’Ouest depuis 2020 : au Mali en août de cette année-là et à nouveau en mai 2021, en Guinée en septembre 2021 et au Burkina Faso en janvier de cette année. La situation dans ces différents pays devait être discutée cette semaine lors d’un sommet de la Cédéao.