Mali : Paris « prend note » de l’expulsion de son ambassadeur, l’opposition parle d'« humiliation »

CRISE DIPLOMATIQUE La junte au pouvoir à Bamako a décidé lundi d’expulser l’ambassadeur de France. Un choix justifié par les récentes déclarations « hostiles » de responsables français

20 Minutes avec AFP
Manifestation à Bamako le 14 janvier 2022.
Manifestation à Bamako le 14 janvier 2022. — AFP

Il ne va pour l’instant plus y avoir d’ambassadeur français au  Mali. La France « prend note » de l’expulsion de son diplomate, a déclaré lundi le ministère français des Affaires étrangères, tout en rappelant son engagement à poursuivre la lutte antiterroriste. La junte malienne a justifié ce choix par les récentes déclarations « hostiles » de responsables français à son encontre.

« La France a décidé de rappeler son ambassadeur », indique le Quai d’Orsay dans un communiqué. Paris exprime également « sa solidarité vis-à-vis de ses partenaires européens, en particulier du Danemark », dont le contingent arrivé dans le cadre de l’opération internationale antidjihadiste Takuba vient d’être expulsé par la junte au pouvoir à Bamako « sur la base de motifs infondés ».

Les mêmes déboires pour la Cédéao

Le communiqué rappelle aussi la « solidarité » de la France à l’égard de la Cédéao dont le représentant au Mali a lui aussi été expulsé, ainsi que « son engagement en faveur de la stabilisation et du développement du Sahel, aux côtés de ses partenaires de la Coalition pour le Sahel ».

A 69 jours du premier tour de la présidentielle en France, plusieurs candidats ont réagi à cette expulsion. L’opposition a ainsi immédiatement fustigé la politique de la France en Afrique, la plupart déplorant « une humiliation ».

Le Pen veut renvoyer « l’ambassadeur du Mali »

« La France a perdu une influence folle en Afrique », a affirmé la candidate RN à la présidentielle Marine Le Pen sur Europe 1, en estimant qu’Emmanuel Macron avait « encore une fois, accumulé les échecs dans ce domaine » et en évoquant une « humiliation ». Selon elle, « il faut immédiatement renvoyer évidemment l’ambassadeur du Mali », « bloquer l’intégralité des avoirs des dirigeants maliens en France » ainsi que « l’aide au développement, à destination du Mali » et « l’intégralité des transferts de fonds financiers y compris individuels qui partent de France vers le Mali ».

« Nous nous battons pour expulser les djihadistes du Mali, mais le Mali expulse notre ambassadeur. Nos soldats meurent pour un pays qui nous humilie ! Toute la politique africaine de la France est à repenser », a pour sa part estimé Eric Zemmour.

Valérie Pécresse a elle critiqué un manque d’anticipation de l’exécutif, estimant que « le renvoi de notre ambassadeur est une humiliation ». Selon elle, la France doit rester « au Sahel pour protéger ce territoire de la menace islamiste qui peut déstabiliser totalement l’Afrique ».

A gauche, Jean-Luc Mélenchon, depuis longtemps hostile à la présence de troupes françaises au Mali, considère qu’il « est temps pour la France de revenir au réel et de vider l’abcès avec le pouvoir malien actuel. Et que l’Assemblée nationale soit saisie et décide d’un plan d’actions », « avant que les sacrifices et nos morts au Mali n’aient été rendus vains, avant que la déchirure soit complète ».