Italie : Le président Sergio Mattarella réélu après une semaine de divisions, Mario Draghi reste Premier ministre

TOUT CA POUR CA Après une semaine de votes sans issues, de tractations et de candidatures parfois loufoques, les députés italiens ont réélu le président sortant, qui ne voulait pas rempiler

X.R. avec AFP
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Les députés italiens saluent la réélection de Sergio Mattarella après une semaine marathon sans accord.
Les députés italiens saluent la réélection de Sergio Mattarella après une semaine marathon sans accord. — Gregorio Borgia/AP/SIPA

« Habemus papam ! » L’exclamation, lancée par un sénateur italien, dit tout du soulagement et du caractère quasiment miraculeux de l’accord trouvé par les différents partis pour élire un président. La fumée blanche au Quirinale, le palais présidentiel de Rome, n’apporte pourtant un signe de nouveauté : c’est le président sortant, Sergio Mattarella, qui a été désigné à l’issue d’un huitième (!) tour de scrutin.

A 80 ans, le président Mattarella avait répété qu’il ne comptait pas continuer dans ses fonctions mais dans la journée, il a fait connaître aux chefs de groupes parlementaires sa volonté de se mettre « à disposition ». Il faut dire que face à lui, les candidatures de l’ancien homme fort de l’Italie Silvio Berlusconi et de l’ acteur porno Rocco Sifredi ne parvenaient pas franchement à rassembler… Pas plus que celle de Mario Draghi, le Premier ministre actuel, dont l’élévation au rang de président laissait craindre un remaniement compliqué du gouvernement.

Le choix de la stabilité

Gage de stabilité, Sergio Mattarella rempile donc, dans un pays en phase de reprise économique et à la croisée des chemins concernant l’épidémie de coronavirus. Plébiscité, il a recueilli 759 voix sur 1.009 sénateurs, députés et responsables régionaux appelés à voter. Les élus présents dans l’hémicycle de la Chambre des députés où se tenait le dépouillement ont longuement applaudi les résultats. Né à Palerme sous Mussolini, Sergio Mattarella est une figure de la démocratie chrétienne, formation dominante de la vie politique après-guerre face au Parti communiste italien (PCI).

Il devient pour la première fois député au début des années 80 après l’assassinat par la mafia de son frère Piersanti, président de la région sicilienne. Ce juriste de formation, député pendant 25 ans et cinq fois ministre, ne se destinait pas aux plus hautes fonctions électives. En 2008, alors ministre de la Défense, il quitte la vie politique et devient juge à la Cour constitutionnelle. En 2011, c’est alors déjà à son corps défendant qu’il devient président de la République, poussé par le gouvernement de centre-gauche de Matteo Renzi.

Draghi plus utile à son poste

« Félicitations, cher Sergio, pour ta réélection », a twitté le président français Emmanuel Macron. « Je sais pouvoir compter sur ton engagement pour que vive l’amitié entre nos pays, ainsi que cette Europe unie, forte et prospère que nous sommes en train de bâtir ». Saluant « un ami qui comprend l’importance de l’ Europe », le président allemand Frank Walter Steinmeier a observé : « L’Europe a besoin d’une Italie forte et l’Italie va garder avec vous un président tourné vers l’avenir, qui n’a pas peur de la franchise, unit et offre une orientation ». Mario Draghi a salué dans un communiqué une « merveilleuse nouvelle pour les Italiens ».

Le Premier ministre, lui, a été jugé plus utile à son poste actuel. Favori avant l’élection, les parlementaires craignaient que son départ de l’exécutif ne fasse exploser la coalition et ne provoque des élections anticipées avant la fin de la législature prévue en 2023. Ce qui aurait aussi fragilisé la reprise de la troisième économie de la zone euro et la mise en œuvre des réformes nécessaires pour bénéficier des dizaines de milliards d’euros du plan européen de relance post-Covid, dont l’Italie est la première bénéficiaire.

Pour Guido Cozzi, économiste à l’université de St. Gallen, « une extension du mandat de Sergio Mattarella est idéale pour les marchés financiers ». Et avec Mario Draghi à la barre de l’exécutif, l’injection des fonds européens et les investissements planifiés sont « garantis pour une seconde année de suite », explique-t-il. « La législature est sauvée », relevait ainsi le quotidien de centre-gauche La Repubblica, « même si l’année qui nous sépare des urnes risque d’être une réédition du chaos auquel nous avons assisté ces derniers jours. Aucune illusion : la tâche de Mattarella sera plus compliquée qu’on ne l’imagine ».