Mali : Trois choses à savoir sur les tensions entre Paris et Bamako

RECAP' Les tensions sont de plus en plus fortes, au point que la France envisage d’adapter son dispositif de lutte antiterroriste sur place, tout en cherchant à préserver son influence

Xavier Regnier
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La force Barkhane pourrait ne plus rester très longtemps au Mali.
La force Barkhane pourrait ne plus rester très longtemps au Mali. — ANTONIN BURAT / ZEPPELIN/SIPA
  • Les tensions grandissent depuis plusieurs semaines entre la junte militaire malienne et la France, notamment autour de l’intervention du groupe Wagner, des mercenaires russes.
  • Alors que le Mali a demandé jeudi aux troupes danoises de la force européenne Takouba de repartir, Jean-Yves Le Drian a annoncé ce vendredi vouloir « adapter » le dispositif des Occidentaux de lutte antiterroriste en fonction de ces relations fraîches avec le pouvoir malien.
  • Si les autres pays africains dénoncent une junte militaire qui s’accroche au pouvoir, l’influence russe fait craindre un délitement de la Françafrique, le Mali étant une zone stratégique de la région.

Le torchon brûle depuis plusieurs semaines entre le Mali et la France. Face à une junte militaire qui se détourne de l’ancienne puissance coloniale et ses alliés européens pour se tourner vers la Russie,  Jean-Yves Le Drian tente de manier la carotte et le bâton pour retrouver de l’influence dans la région tout en réduisant les effectifs militaires sur place. Vous n’avez rien suivi à la situation du Sahel ? 20 Minutes vous résume le regain de tensions en trois temps.

L’actu du jour

« Vu cette situation, vu la rupture du cadre politique et du cadre militaire (au Mali), nous ne pouvons pas rester en l’état. » Quelque peu véhément, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a annoncé sur RTL avoir « engagé des discussions » avec les partenaires africains et européens « pour savoir comment on peut adapter notre dispositif en fonction de la nouvelle situation ». Sans annoncer un retrait de la force Barkhane, cette adaptation serait la continuité d’un retrait progressif des forces françaises au Mali, en partie au profit du groupe européen Takouba.

Mais cette dernière a du plomb dans l’aile depuis le retrait forcé des Danois jeudi, sur exigence du Mali. Du côté de la junte militaire, on « n’exclut rien par rapport à ces questions si ça ne prend pas en compte nos intérêts », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, même si la question de la demande d’un départ des forces françaises « n’est pas pour le moment sur la table ».

L’origine du conflit

Depuis le putsch des militaires en août 2020, conforté par un second en mai 2021, les relations n’ont fait que se dégrader entre Bamako et Paris. L’armée malienne, surfant sur un sentiment anti-français renforcé par une présence militaire continue depuis 2013, a notamment remis en cause les accords de défense liant la France et la Mali, et fait appel à des mercenaires russes de la société privée Wagner. Ce contingent ne cesse de se renforcer, même si la Mali nie tout contrat. La présence russe apparaît comme une menace très claire à l’influence européenne dans la région, où le Mali occupe une position stratégique.

La junte a également suspendu les élections prévues en février, officiellement en raison de son incapacité à les organiser en sécurité. Mais les pays voisins y voient une volonté des militaires de se maintenir au pouvoir.

Le mot de l’expert

Ce qui se joue au Mali est en fait l’avenir de ce qu’on appelle parfois la Françafrique. Ainsi, la journaliste Isabelle Lasserre note dans son essai Macron, le disruptif (ed. L’Observatoire) que « le pari fait sur les armées locales et les efforts déployés pour faire revenir les services de l’Etat dans ces pays ont échoué ». Dernier exemple en date, l’exigence de la junte malienne du retrait des troupes danoises jeudi. Une manière de « signifier que ce sont eux qui décident au Mali et dire à la France qu’elle ne peut pas inviter » l’armée d’un autre pays sur leur sol, selon Signe Marie Cold-Ravnkilde, chercheuse de l’Institut danois pour les études internationales (DIIS)  interrogée par le quotidien Berlingske.