Etats-Unis : Joe Biden va nommer une juge afro-américaine à la Cour suprême, pour une première historique

DIVERSITE Sur les 115 juges ayant siégé à la Cour suprême, tous sauf sept était des hommes blancs

20 Minutes avec AFP
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Six des candidates préssenties pour être nommées à la Cour suprême des Etats-Unis: Ketanji Brown Jackson, Ketanji Brown Jackson, Michelle Childs, Candace Jackson-Akiwumi, Sherrilyn Ilfill et Holly Thomas.
Six des candidates préssenties pour être nommées à la Cour suprême des Etats-Unis: Ketanji Brown Jackson, Ketanji Brown Jackson, Michelle Childs, Candace Jackson-Akiwumi, Sherrilyn Ilfill et Holly Thomas. — AP/SIPA

« Il est plus que temps ». Joe Biden a confirmé jeudi qu’il nommerait, pour la première fois de l’Histoire, une femme noire à la Cour suprême des Etats-Unis, pour remplacer le juge démissionnaire Stephen Breyer. « La personne que je nommerai aura des qualifications, une personnalité, une expérience et une intégrité extraordinaires. Et cette personne sera la première femme noire nommée à la Cour suprême », a dit le président américain, dont c’était une promesse de campagne.

En plus de 200 ans d’histoire, sur 115 juges, tous sauf sept étaient des hommes blancs (soit 94 %). Il y a eu cinq femmes (dont une hispanique, Sonia Sotomayor) et deux juges afro-américains, le leader des droits civiques Thurgood Marshall en 1967 et l’ultraconservateur Clarence Thomas, qui siège encore aujourd’hui.

Confirmation avant les midterms

Le président a aussi dit la « gratitude » de la nation à Stephen Breyer, qui se tenait à ses côtés. Le magistrat de 83 ans, connu pour ses opinions progressistes et son espièglerie, a brandi un exemplaire de la Constitution. Estimant que la démocratie américaine était « une expérimentation toujours en cours », il a dit : « Je suis un optimiste, je suis sûr qu’elle réussira. »

Joe Biden doit boucler la procédure avant les élections législatives à haut risque de l’automne, qui pourraient bien lui coûter le contrôle du Sénat, car c’est à la chambre haute du Congrès américain que revient la décision finale sur les nominations à la Cour suprême.

Les démocrates n’y disposent que d’une très mince majorité : 50 voix plus celle de la vice-président Kamala Harris, contre 50 aux républicains. Et les temps où les juges à la Cour suprême étaient un choix consensuel semblent révolus. Stephen Breyer avait été confirmé à 87 voix contre 9 par le Sénat en 1994, un score inenvisageable aujourd’hui tant les clivages partisans se sont creusés.

Défense du droit à l’avortement

En nommant une juge plus jeune, Joe Biden pourra, à défaut de le renverser, au moins figer au moins pour quelques années le rapport de force actuel à la Cour suprême. L’institution compte 6 magistrats conservateurs – dont la moitié mis en place par l’ancien président Donald Trump – et 3 progressistes, tous nommés à vie.

La Cour suprême joue un rôle majeur aux Etats-Unis en arbitrant, avec sa jurisprudence, beaucoup de grands débats de société. L’institution, qui a pris un virage nettement conservateur et plutôt hostile à un trop grand interventionnisme de l’Etat fédéral, semble prête à revenir sur le droit à l’avortement, à élargir le droit au port d’armes ou encore à démanteler certaines régulations environnementales.

Plusieurs noms circulent pour remplacer Stephen Breyer. Diplômée d’Harvard, Ketanji Brown Jackson, 51 ans, qui siège à l’influente cour fédérale d’appel de Washington, semblait initiallement faire figure de favorite. Mais l’élu Jim Clyburn, de Caroline du Sud, à qui Biden doit sa survie dans la primaire démocrate, soutient Michelle Childs, 55 ans, une juge fédérale modérée de Caroline du Sud qui pourrait, selon lui, avoir le soutien de certains républicains. Il ne faut pas écarter la Benjamine Leondra Kruger, 45 ans, plus jeune juge à siéger à la Cour suprême de Californie. Parmi les autres noms qui reviennent chez les observateurs : Candace Jackson-Akiwumi et Holly Thomas, juges d’appel, et Sherrilyn Ilfill, juriste de l’organisation de de défense des droits civiques NAACP.

Attendu au tournant par l’électorat afro-américain

En tenant sa promesse de nommer une femme noire, Joe Biden pourrait retrouver un peu du crédit perdu auprès de l’électorat afro-américain, dont le soutien pendant sa campagne présidentielle et dans les urnes a été décisif. Certains activistes reprochent au président démocrate d’avoir fait de grandes promesses, notamment sur les droits civiques et les violences policières, sans les traduire en actes.

En Géorgie, Etat du sud où les Afro-Américains s’étaient fortement mobilisés pour Joe Biden, 36 % des électeurs noirs sont désormais critiques de l’action du président, contre seulement 8 % en mai dernier, selon un sondage du Atlanta-Journal Constitution.