Affaire Epstein : Le prince Andrew, du héros de guerre hédoniste au paria accusé de viols

PORTRAIT Fils chouchou de la reine d'Angleterre, le prince Andrew a souvent défrayé la chronique avec ses conquêtes et ses colères. Mais le personnage affirmé, apprécié des Britanniques, est devenu un paria depuis l'affaire Epstein

Xavier Regnier
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Le prince Andrew a souvent été considéré comme le fils préféré d'Elisabeth II.
Le prince Andrew a souvent été considéré comme le fils préféré d'Elisabeth II. — EPN/Newscom/SIPA
  • Troisième enfant de la reine d’Angleterre, le prince Andrew est accusé par Virginia Giuffre de l’avoir violée à trois reprises en 2001 dans des résidences du milliardaire américain Jeffrey Epstein, alors qu’elle était mineure.
  • Après une interview catastrophique en 2019, le prince Andrew s’est résigné à demander que l’affaire soit traitée au tribunal civil à New York, la plainte de Virginia Giuffre ayant été jugée recevable.
  • Héros de guerre, homme colérique et hautain monnayant sa proximité, qui est vraiment le prince Andrew ? 20 Minutes dresse le portrait du duc d’York, déchu de ses titres militaires et tenu éloigné de la famille royale.

EDIT du 16 février 2022 : Accusé d'agression sexuelle par Virginia Giuffre, le prince Andrew va finalement échapper au procès civil. Il a signé un accord, dont le montant total se situerait à hauteur de 14 millions d'euros, avec l'Américaine pour ne pas finir devant la justice. L'occasion de vous reproposer ce portrait du deuxième fils de la reine Elisabeth II.

De chouchou à paria, il n’y a parfois qu’un pas. Le prince Andrew, deuxième fils d’Elisabeth II, l’a franchi le 13 janvier, quand il a  perdu son titre d’Altesse Royale, ses titres militaires et l’ensemble de ses parrainages d’associations, sur décision de la reine d’Angleterre. Jusque-là, la famille royale britannique soutenait à bout de bras le prince bien-aimé, trempé dans l’  affaire Epstein, y compris au lendemain de son interview désastreuse en 2019, avant de le lâcher pour ne pas être trop éclaboussée. Voilà donc le duc d’York rendu au statut de simple citoyen pour affronter la justice.

Bien que colérique et matérialiste, le prince Andrew, considéré comme un héros de guerre, était l’une des têtes d’affiche de la royauté outre-Manche. Mais beaucoup moins connu en France, éclipsé par son frère Charles, l’héritier discret. 20 Minutes vous éclaire sur la personnalité de l’homme accusé de viol par Virginia Giuffre.

Un héros de guerre « hédoniste »

« Auparavant, c’était un membre de la famille royale plutôt apprécié » par les Britanniques, indique Philippe Chassaigne, interrogé par 20 Minutes. Le professeur d’histoire à l’université de Bordeaux-Montaigne, spécialiste de la Grande-Bretagne et de la famille royale, rappelle qu’Andrew a « été exposé pendant la  guerre des Malouines », où il sert sur le porte-avions HMS Invincible en 1982. Mais son statut de héros de guerre a laissé place depuis longtemps à l’image d’un jet-setteur, « qui dépense de l’argent de manière trop visible, qui prend trop l’avion » lâchait la biographe Catherine Meyer en 2019.

Déjà dans sa prime jeunesse, le prince était surnommé « Randy Andy le chaud lapin », rapporte Philippe Chassaigne, qui le décrit comme un « hédoniste ». Parmi ses liaisons, celle avec l’actrice Koo Stark, connue pour jouer dans « des films dénudés et faire la photo de la page 3 dans The Sun » avait largement alimenté les tabloïds au début des années 1980. Pas vraiment le genre de relation qui fait bon genre dans la famille royale. « Même si le prince Charles a aussi eu des maîtresses avant de se marier, elles étaient toutes respectables », note ainsi l’historien.

Une amitié à monnayer

La comparaison avec son frère aîné poursuivra Andrew toute sa vie, notamment dans son mariage avec Sarah Fergusson, aussi appréciée que Diana au départ. S’il a bénéficié de plus d’attentions et d’une « attitude plus maternelle » de la part d’Elisabeth II, ce qui fait souvent dire qu’il est son fils préféré, le duc d’York « n’a pas hérité de sa mère le sens de la mesure ou de la frugalité ». Il faut dire que, selon les témoignages d’anciens domestiques, Andrew aime « les belles choses, les meilleurs produits », précise Philippe Chassaigne.

Conscient que son statut d’Altesse royale rendait « sa proximité profitable », le prince n’hésitait pas à monnayer cette dernière, parfois très cher (jusqu’à « 500.000 livres ») ou « en échange de services », explique l’historien. « Ce n’est pas un secret qu’Andrew aime l’argent », assène-t-il. C’est ainsi que Ghislaine Maxwell, fille d’un ancien magnat de la presse britannique et habituée à évoluer dans les hautes sphères du pays, a pu le rencontrer et jouer les entremetteuses avec Jeffrey Epstein. Les deux hommes deviennent amis, et c’est ainsi qu’est prise la photo d’Andrew, tenant par la taille Virginia Roberts, 17 ans, dans une résidence du milliardaire américain, avec la mondaine anglaise en arrière-plan, en 2001. C’est cette jeune fille, devenue Virginia Guiffre, qui  accuse aujourd’hui le prince de trois viols.



« Une haute idée de sa personne » et des colères monumentales

Lors de l’interview de 2019, où il devait se défendre de ces accusations, le prince Andrew avait choqué par son attitude, souriant et riant, semblant sans compassion avec les victimes. « Le regard de l’opinion a complètement changé » après cette interview, juge Philippe Chassaigne. Mais son comportement n’était pas si étonnant, le prince ayant « une haute idée de sa personne » de l’avis général. « Il considère qu’étant le troisième enfant de la reine, il est supérieur au commun des mortels », esquisse encore l’universitaire bordelais. Les témoignages d’anciens domestiques sont pleins d’exemples, comme son refus de « se lever de son bureau pour tirer le rideau derrière lui », sonnant alors une servante.

Les anciens employés de la famille royale rapportent aussi des colères monumentales, notamment au sujet de sa collection de peluches, qu’ils avaient interdiction de toucher. Une histoire que Philippe Chassainge juge « vraisemblable ». Et ces dernières années, cette colère s’éveillait même au sein de la famille, Andrew disputant ainsi une salle de bains de Sandringham en 1999 jusqu’à l’intervention de la reine. « Depuis dix ans, les rapports sont plus tendus à cause de la réorganisation de la famille royale » autour des héritiers de Charles, ajoute l’historien.

Ainsi, le duc d’York a très mal vécu que son service de presse soit fusionné avec celui de sa sœur Anne et de son petit frère Edward. Et son implication dans l’affaire Epstein ne va pas arranger les choses. Tenu à distance de la famille, il lui sera « difficile de retrouver un rôle », « à moins d’être totalement blanchi » et qu’il démontre être « victime d’un coup monté », avance Philippe Chassaigne. Selon le Guardian, ses titres perdus ne lui seront jamais rendus, quoi qu’il arrive. Et n’étant que neuvième dans l’ordre de succession à un moment où « la famille royale se recentre sur ceux qui vont porter la couronne », l’ex-chouchou de Buckingham Palace peut définitivement dire adieu à son statut de bien-aimé.