Corée du Nord : Pourquoi Pyongyang lance-t-elle autant de missiles ?

ARMES Essais en vue de parades militaires, démonstration de force face à la Chine… Les experts avancent de multiples causes pour expliquer ces tirs en série

20 Minutes avec AFP
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Les gens regardent un écran de télévision montrant un tir de missile par la Corée du Nord, dans une gare de Séoul, en Corée du Sud, le lundi 17 janvier 2022.
Les gens regardent un écran de télévision montrant un tir de missile par la Corée du Nord, dans une gare de Séoul, en Corée du Sud, le lundi 17 janvier 2022. — Jung Yeon-je / AFP

Nombreuses sanctions internationales, fermeture des frontières liées au Covid-19, pénuries alimentaires,  pourparlers avec les Etats-Unis au point mort… Les échecs du dirigeant   Kim Jong-un sont nombreux, après dix ans au pouvoir. Autant de facteurs qui pourraient expliquer les cinq essais d’armement au cours des trois dernières semaines par la  Corée du Nord. « Les missiles et la mise au point d’armes de guerre sont probablement les seuls succès dont Kim Jong-un peut se targuer, estime Ahn Chan-il, un transfuge devenu chercheur. Il n’a pas grand-chose à offrir au peuple nord-coréen pour le moment ».

Des essais avant la parade militaire en hommage à Kim Jong-il et Kim II-song ?

Le pays se prépare à célébrer le 80e anniversaire de la naissance du père de Kim, le défunt dirigeant Kim Jong-il, en février, puis le 110e anniversaire de Kim Il-song, le dirigeant fondateur du pays, en avril. Dans le système dynastique nord-coréen, marquer les anniversaires de ses ancêtres avec la « grandeur » appropriée est politiquement crucial, explique Cheong Seong-chang, du Centre d’études nord-coréennes de l’Institut Sejong.

Ces dates importantes sont l’occasion pour le régime d’organiser une parade militaire destinée à montrer les nouvelles armes que le pays teste en amont, lui permettant à la fois de faire la démonstration de leur capacité militaire et d’ajouter aux festivités générales, ajoute Cheong Seong-chang.

Des tirs pour les bonnes relations avec la Chine et la Corée du Sud ?

Pyongyang a relancé au début du mois le commerce transfrontalier avec la Chine voisine. Et la récente décision du pays d’accepter l’aide chinoise, une première depuis le début de la pandémie, pourrait avoir motivé la récente démonstration de force militaire « pour éviter de paraître faible », estime Leif-Eric Easley, professeur à l’université Ewha de Séoul.

En ce qui concerne les relations avec son seul allié, la Corée du Sud : « Dans la mesure où les Nord-Coréens ont des missiles à tester pour améliorer leurs capacités militaires et envoyer des signaux avant l’élection présidentielle sud-coréenne du 9 mars, ils devraient probablement le faire avant les cérémonies d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin le 4 février », ajoute Leif-Eric Easley.

Des relations diplomatiques en berne avec les Etats-Unis

La Corée du Nord n’a pas testé de missiles balistiques intercontinentaux ou d’armes nucléaires depuis 2017, au moment où le pays entamait une série de rencontres diplomatiques de haut niveau, notamment avec le président américain de l’époque, Donald Trump.

Mais, la semaine dernière, le régime a déclaré envisager de reprendre ces activités temporairement suspendues, en réponse à de nouvelles sanctions américaines imposées après les premiers essais au début de l’année. La dernière fois que la Corée du Nord a testé autant d’armes en un mois remonte à 2019, après l’échec des négociations très médiatisées entre Pyongyang et les Etats-Unis. Selon Leif-Eric Easley, il est pour autant peu probable que la récente série de tirs vise directement à inciter l’administration du président américain Joe Biden à engager des pourparlers.