Covid-19 au Royaume-Uni : Ce qu’il faut savoir sur le scandale des fêtes à Downing Street

CRISE Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, est au cœur d’une série de révélations sur des manquements aux règles sanitaires dans son gouvernement

M.A. avec AFP
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Le premier ministre britannique Boris Johnson, ce dimanche.
Le premier ministre britannique Boris Johnson, ce dimanche. — KIRSTY O'CONNOR / POOL / AFP

Au lendemain des révélations de la chaîne de télévision ITV sur une fête organisée à Downing Street en plein confinement à l’occasion de l’anniversaire du Premier ministre britannique,  Boris Johnson, la police britannique a annoncé, ce mardi, avoir ouvert une enquête. Lors d’une audition devant des élus de la capitale, la cheffe de la Metropolitan Police de Londres (« Met »), Cressida Dick, a annoncé que la Met enquêtait effectivement sur un certain nombre d’événements « à Downing Street, résidence du Premier ministre et Whitehall », au sujet de « violations potentielles des règles liées au Covid-19 ».

Il faut dire que ces dernières semaines, les révélations sur des « garden partys », pots de départ ou fête d’anniversaire tenues au plus haut du pouvoir britannique en plein confinement se sont succédé. Ce scandale est à l’origine d’une grave crise politique qui fragilise grandement BoJo. 20 Minutes fait le point.

Le partygate, qu’est-ce que c’est ?

Ce lundi, la chaîne ITV a révélé qu’une fête avait été organisée à Downing Street par sa future épouse Carrie dans la salle du Conseil des ministres, à l’occasion de l’anniversaire de Boris Johnson, le 19 juin 2020 après-midi, lors du premier confinement. Selon les journalistes, jusqu’à 30 personnes y auraient participé, dont l’architecte d’intérieur Lulu Lytle, chargée d’effectuer la coûteuse rénovation de l’appartement de Boris Johnson à Downing Street, au financement controversé. Dans un communiqué, Downing Street a admis un « bref rassemblement », une porte-parole affirmant que Boris Johnson y aurait participé « moins de dix minutes ».

Le Premier ministre est également pointé du doigt pour une garden party qui a eu lieu le 20 mai 2020 dans les jardins de sa résidence officielle. La petite fête s’est tenue alors que, en pleine première vague de Covid-19, seulement deux Britanniques étaient autorisés à se retrouver à l’extérieur et nombre d’entre eux n’ont pas pu dire adieu à leurs proches mourants. Le 12 janvier dernier, le Premier ministre a fait son mea culpa, il a présenté ses excuses, assurant qu’il pensait respecter les règles. Lors de son audition, Bojo a également présenté ses excuses à la reine Elisabeth II pour une fête à laquelle il n’a pas participé mais qui s’est déroulée le 17 avril 2021 à son domicile, la veille de l’enterrement du prince Philip.

Pourquoi ces révélations fragilisent Boris Johnson ?

Le dirigeant de 57 ans traverse sa pire crise depuis son accession triomphale au pouvoir à l’été 2019, avec une popularité en chute libre et des députés de sa majorité qui disent ouvertement vouloir le déloger. Critiqué pour ce scandale et pour sa gestion de la crise sanitaire, le Premier ministre s’accroche pour l’instant à son poste. Face au flot continu d’accusations, l’opposition britannique, mais également plusieurs membres de sa majorité, ont renouvelé leurs appels à la démission. Le dirigeant du Parti travailliste, Keir Starmer, a fustigé « un Premier ministre qui croit que les règles qu’il conçoit ne s’appliquent pas à lui ».

Mercredi, le poids lourd conservateur, David Davis, a appelé Boris Johnson au départ « au nom de Dieu », formule célèbre de l’histoire parlementaire britannique qui faisait la une de plusieurs quotidiens jeudi dernier.

Quelle porte de sortie pour lui ?

Boris Johnson a annoncé la levée des dernières restrictions liées au Covid-19 jeudi dernier, espérant regagner en popularité dans un pays soumis à de longs confinements et fortement endeuillé par la pandémie qui y a fait près de 154.000 morts. Reste que de jeunes députés Tories, issus des circonscriptions raflées au Parti travailliste lors des législatives de 2019, envisagent de s’unir pour le renverser, dans ce que la presse surnomme le « complot du pork pie » [soit « pâté en croûte » en français, qui fait référence à la spécialité de la circonscription de l’une de ces élus].

Pour le moment, l’homme fort de Downing Street tente de gagner du temps et suspend la polémique à la publication d’une enquête interne menée par la haute fonctionnaire Sue Gray, attendue dans les jours à venir. Cette enquête « se poursuit » et des contacts ont eu lieu avec la police, a indiqué le Cabinet Office, agence interministérielle supervisant ces investigations. Devant les députés, Boris Johnson s’en est félicité, estimant « qu’elle donnera au public la clarté dont il a besoin et aidera à mettre ces questions derrière nous ». Et en attendant, Bojo a assuré qu’il allait « coopérer pleinement » avec la police. « Et ce, quelle que soit la manière dont cela sera demandé », a déclaré, ce mardi, un porte-parole du dirigeant conservateur.