Birmanie : TotalEnergies quitte le pays un an après le coup d’Etat, un député condamné à mort

JUNTE La junte durcit sa répression contre ses opposants, alors que TotalEnergies et Chevron ont décidé de mettre un terme à leurs activités sur place

D.Bd avec AFP
— 
Le logo de TotalEnergies. (illustration)
Le logo de TotalEnergies. (illustration) — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Un an après le coup d’Etat, le pétrolier TotalEnergies va quitter la  Birmanie. Le géant français et le mastodonte américain Chevron ont annoncé vendredi leur retrait d’un pays où ils étaient partenaires dans le champ gazier de Yadana, une demande pressante des ONG de défense des droits humains à la suite du coup d’État militaire.

Un an après le putsch du 1er février 2021 qui a renversé Aung San Suu Kyi et mis fin à une parenthèse démocratique de 10 ans, le pays reste plongé dans le chaos. Mais les entreprises étrangères ayant quitté la Birmanie restent rares malgré l’appel des ONG face à la répression sanglante de la contestation et les avertissements d’experts.

Chevron et TotalEnergie sur la même longueur d’ondes

« Le contexte qui ne cesse de se dégrader au Myanmar, en matière de droits humains (…) nous a conduits à réévaluer la situation », a expliqué le groupe français dans un communiqué.

Chevron lui a emboîté le pas : « nous avons réévalué notre intérêt pour le projet de gaz naturel de Yadana afin de permettre une transition planifiée et ordonnée qui conduira à un retrait du pays », a déclaré un porte-parole de la major américaine, Cameron Van Ast.

Le processus de retrait du champ de Yadana et de la société de transport MGTC a été initié « sans aucune contrepartie financière pour TotalEnergies », selon le groupe, implanté depuis 1992 dans le pays dans le seul secteur du gaz où il emploie plus de 200 personnes. Le retrait sera effectif dans six mois et les intérêts de TotalEnergies et les opérations du champ seront répartis entre les partenaires restant.

D’autres rares entreprises ont déjà fait de même

« Couper les revenus économiques de la junte est primordial pour détruire le régime. D’autres entreprises doivent suivre l’exemple de Total », a déclaré l’opposante Naw Susanna Hla Hla Soe. Le groupe français avait versé environ 176 millions de dollars aux autorités birmanes en 2020, sous forme de taxes et « droits à la production ». Human Rights Watch affirme que les projets de gaz naturel constituent la principale source de revenus en devises du pays, soit plus d’un milliard de dollars par an.

Quelques rares entreprises étrangères avaient déjà plié bagage, dont le groupe de télécoms norvégien Telenor, le cigarettier britannique BAT et le producteur français d’énergies renouvelables Voltalia. D’autres, comme EDF, avaient suspendu leur activité ou leurs commandes (H & M, Benetton).

Un député condamné à mort ce vendredi

On a appris en parallèle qu’un tribunal de la junte a condamné vendredi à la peine de mort un ex-député du parti d’Aung San Suu Kyi. Phyo Zeyar Thaw, membre de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), arrêté en novembre, a été « condamné à la peine capitale aujourd’hui pour avoir violé la loi antiterroriste », a indiqué le régime militaire dans un communiqué.

De nombreux membres de la LND ont été arrêtés ou sont en fuite depuis le putsch, mais il s’agit de la première condamnation à mort prononcée contre un ex-député du parti.