Italie : Silvio Berlusconi candidat pour la présidence de la République face au Premier ministre Mario Draghi

ELECTION Le poste de président de la République est surtout honorifique, mais le contexte politique est chaotique en Italie

X.R. avec AFP
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Candidat assumé à la présidence de la République, Silvio Berlusconi a déjà marqué de son empreinte la politique italienne.
Candidat assumé à la présidence de la République, Silvio Berlusconi a déjà marqué de son empreinte la politique italienne. — Matteo Nardone/Pacific Press/Shu/SIPA

Le poste est surtout honorifique, mais il demeure prestigieux et donne du pouvoir en temps de crise. Deux éléments qui ne pouvaient pas laisser indifférent Silvio Berlusconi, trois fois président du Conseil des ministres. Il Cavaliere, un temps retiré des affaires publiques après sa condamnation pour fraude fiscale, concourt cette fois pour le poste de président de la République italienne. Le milliardaire de 85 ans rêve depuis longtemps d’un septennat sous les ors du palais du Quirinal, même si les observateurs doutent qu’il dispose des votes nécessaires.

Le Parlement se réunit lundi pour un vote à bulletin secret, mode de scrutin propice aux rebondissements. Et si l’actuel Premier ministre Mario Draghi fait figure de favori, les coulisses sont agitées par d’intenses négociations. « C’est une élection clé et très compliquée, parce que les partis politiques sont faibles, ils sont dans un état de fragmentation totale », explique Giovanni Orsina, directeur de la Luiss School of Government à Rome.

Instabilité gouvernementale

L’Italie a plus que jamais besoin de stabilité : les partis appartenant à la coalition disparate soutenant Draghi sont déjà en ordre de bataille en vue des législatives de l’an prochain. Et le chaos pourrait mettre en danger la mise en musique du volant italien du plan de relance européen  post-Covid. Or, le président de la République peut dissoudre le Parlement, choisir le Premier ministre ou refuser des mandats à des coalitions fragiles. De quoi rendre le poste plus attractif qu’à l’accoutumée vu le contexte politique.

Mais l’élection de Mario Draghi laisserait vacant son poste actuel à un moment très délicat. Les investisseurs internationaux craignent que l’Italie, criblée de dettes, prenne du retard sur le calendrier serré des réformes au cas où il quitterait son poste de Premier ministre. La plupart des experts estiment cependant qu’il serait mieux placé en tant que président pour assurer la stabilité politique et les bonnes relations avec Bruxelles, en particulier si la droite et l’extrême droite remportaient les élections prévues en 2023.

Un jeu de chaises musicales

Il est également loin d’être acquis qu’il serait en mesure de continuer à poursuivre les réformes s’il restait en place. Et il risque de perdre son poste de toute façon lors des prochaines législatives. « C’est une année pré-électorale. Même si Draghi restait Premier ministre, la vérité, c’est qu’il aurait du mal à contrôler la situation politique », les partis politiques se livrant à une surenchère en vue des législatives, selon Giovani Orsina.

Une éventuelle solution consisterait à nommer comme Premier ministre le doyen du gouvernement actuel, Renato Brunetta, 71 ans, membre du parti de Berlusconi Forza Italia (droite), les chefs des principaux partis de la coalition occupant alors les postes ministériels les plus importants jusqu’aux élections. Si Mario Draghi reste Premier ministre, de nombreux autres noms circulent pour le poste de chef de l’État, notamment ceux du commissaire européen Paolo Gentiloni, de l’ancien Premier ministre socialiste Giuliano Amato ou de la ministre de la Justice Marta Cartabia, qui serait la première femme présidente.

Mais c’est sans compter la candidature officieuse de Silvio Berlusconi. Le fondateur de Fininvest et Mediaset a été le plus agressif dans sa campagne, allant jusqu’à se vanter de ses sulfureuses soirées « bunga bunga ». Un millier de sénateurs, députés et représentants régionaux commenceront à voter lundi, dans un processus très complexe. Pour être élu, il faut deux tiers des voix aux trois premiers tours, puis la majorité absolue aux tours suivants. En raison des mesures de sécurité liées au Covid-19, chaque tour prendra une journée et, comme le veut la tradition, il n’y a théoriquement pas de candidats officiels.