Etats-Unis : Le Sénat enterre la réforme électorale, Joe Biden « profondément déçu »

DEFAITE Deux sénateurs démocrates ont voté avec les républicains, infligeant une nouvelle défaite au président américain pour l'anniversaire de sa première année à la Maison Blanche

P.B.
— 
Des manifestants devant le Capitole de Washington, alors que le Sénat a enterré la réforme électorale défendue par Joe Biden, le 19 janvier 2022.
Des manifestants devant le Capitole de Washington, alors que le Sénat a enterré la réforme électorale défendue par Joe Biden, le 19 janvier 2022. — Bryan Dozier//SIPA

Pour Joe Biden, c’est un échec cinglant qui résume bien sa première année difficile à la Maison Blanche. Mercredi soir, le Sénat a porté le coup de grâce à la grande réforme électorale défendue par le président américain. Deux démocrates se sont joints aux républicains pour défendre la règle nécessitant une majorité qualifiée de 60 élus sur 100 pour adopter l’essentiel des projets de loi. Joe Biden s’est dit « profondément déçu » mais « déterminé à défendre le droit de vote ».

L’ironie, c’est que les démocrates centristes Joe Manchin et Kyrsten Sinema ont d’abord voté en faveur du John Lewis Voting Rights Act. Ce projet de loi était censé, selon les démocrates, garantir l’accès aux urnes des minorités en réponse aux restrictions votées par une vingtaine d’Etats républicains après la présidentielle de 2020.

Mais les règles sont telles au Sénat qu’une simple majorité ne suffit pas pour adopter un texte, à l’exception de ceux touchant au budget ou pour la confirmation des juges. La règle du filibuster permet en effet à l’opposition de bloquer indéfiniment les débats. Pour y mettre fin, une majorité des 3/5, soit 60 sénateurs sur 100, est nécessaire.

Biden « optimiste » pour un compromis sur l’enveloppe sociale

Le leader des démocrates, Chuck Schumer, a demandé un second vote pour changer les règles, et supprimer, uniquement pour ce texte, le filibuster. Manchin et Sinema ont alors voté avec les républicains pour défendre une règle, garante, selon eux, d’une recherche de compromis au Sénat. Lors des débats, Joe Manchin a rappelé qu’une victoire de court terme pourrait se retourner contre les démocrates le jour où ils seront à nouveau minoritaires. Sous Obama, ils avaient notamment supprimé le filibuster pour la confirmation des juges fédéraux, et les républicains s’étaient ensuite enfilés dans la brèche en faisant pareil pour la Cour suprême. Bilan : Donald Trump a pu faire confirmer trois juges ultra-conservateurs à la simple majorité.

Joe Biden va-t-il devoir renoncer à ses ambitions progressistes au cours des prochains mois ? Lors d’une conférence de presse marathon, le président américain a rejeté l’idée. Mais il a reconnu que son vaste plan de dépenses pour le social et le climat, Build Back Better, ne pourrait sans doute pas être adopté en l’état face à l’opposition de Joe Manchin. Il s’est toutefois dit « confiant », misant sur l’adoption de « grandes parties » du texte – sans doute en supprimant le crédit d’impôts pour les enfants à charge – d’ici les midterms de novembre. Alors que les républicains sont favoris pour reprendre le contrôle du Congrès, Joe Biden a dix mois pour sauver une partie de son mandat.