Mali : La présence française maintenue mais « pas à n’importe quel prix », précise Jean-Yves Le Drian

ARMEE Le chef de la diplomatie française prépare avec l’UE des sanctions contre la junte militaire au pouvoir qui refuse d’organiser la transition démocratique

X.R. avec AFP
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Présente depuis 9 ans, la France réduit peu à peu ses effectifs.
Présente depuis 9 ans, la France réduit peu à peu ses effectifs. — ERIC DESSONS/JDD/SIPA

« Si nous sommes au Mali, nous y restons, mais pas dans n’importe quelles conditions. » Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian s’est montré très clair à l’issue d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Brest, alors que la tension est à son comble entre la junte malienne et l’ Union européenne. Cette dernière prépare, dans le sillage des pays ouest-africains, des sanctions contre les militaires maliens ayant repoussé les élections et la transition de plusieurs années.

L’engagement militaire dans la lutte antidjihadiste au Mali des Français et des Européens ne se fera donc « pas à n’importe quel prix ». « Nous préparons des sanctions à l’encontre de ceux qui font obstruction » à la transition, avait auparavant déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell lors de la conférence de presse finale. Les Maliens ont répondu massivement ce vendredi à l’appel de la junte au pouvoir à Bamako à manifester contre les sanctions ouest-africaines.

La présence des Russes, point de crispation

« Si on est en sécurité pour manifester, on doit sûrement être en sécurité pour voter », a ironisé le ministre français des Affaires étrangères alors que la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta a argué de l’insécurité persistante dans le pays pour repousser jusqu’à cinq ans les élections initialement prévues en février 2022. Le Mali est plongé dans une grave crise sécuritaire et politique depuis le déclenchement d’insurrections indépendantiste et djihadiste en 2012, et a connu deux coups d’Etat en août 2020 et mai 2021.

La France, militairement présente au Mali depuis neuf ans pour lutter contre les djihadistes, est en train d’y réduire ses effectifs tout en maintenant des troupes dans le nord du Mali à Gao, Ménaka et Gossi. Les Européens, eux, sont présents dans la force Takuba, composée de forces spéciales et fort de près de 900 militaires, mais le déploiement d’instructeurs russes ces dernières semaines suscite inquiétude et colère. Pour l’UE et la France, il s’agit de mercenaires du groupe paramilitaire russe Wagner. Jean-Yves Le Drian a accusé mardi ce groupe de « soutenir » la junte au pouvoir au Mali sous couvert de lutte antidjihadiste.