Nigeria : Après sept mois de suspension, Twitter à nouveau autorisé

RESEAU SOCIAL Souvent utilisé pour contester le pouvoir au Nigeria, Twitter avait été suspendu deux jours après la suppression d’un message menaçant du président Muhammadu Buhari

20 Minutes avec AFP
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Une personne utilisant son smartphone au Nigeria (illustration).
Une personne utilisant son smartphone au Nigeria (illustration). — Ben Curtis/AP/SIPA

L’oiseau bleu va pouvoir faire son retour dans le pays le plus peuplé d’Afrique. Le gouvernement a annoncé mercredi soir la levée de la suspension frappant depuis sept mois Twitter au  Nigeria, où le réseau social a été un important outil de contestation sociale.

« Le président Muhammadu Buhari a approuvé la levée de la suspension de Twitter au Nigeria à partir de minuit aujourd’hui », a annoncé le directeur de l’Agence nationale pour le développement des technologies de l’information, Kashifu Inuwa Abdullahi. A minuit trente, le réseau social n’était cependant toujours pas accessible depuis Lagos, la capitale économique du pays.

La priorité est « d’adapter, et non pas d’interdire Twitter »

Dans le communiqué, les autorités nigérianes affirment qu’après plusieurs mois de négociations, Twitter a accédé à « toutes les conditions fixées par le gouvernement fédéral », notamment en matière de taxation et de gestion des contenus ne respectant pas les lois du pays. Le réseau s’est « également engagé à établir une entité légale au Nigeria durant le premier trimestre de 2022 ». Compte tenu de son influence « dans notre démocratie, notre économie (…) notre priorité est d’adapter, et non pas d’interdire Twitter », ajoutent les autorités.

Abuja avait annoncé début juin 2021 la suspension de Twitter pour « une durée indéterminée » après avoir notamment accusé le réseau social d’avoir une « mission suspecte » contre le gouvernement nigérian, et de tolérer sur sa plateforme les messages du chef d’un groupe séparatiste incitant à la violence dans le sud-est du pays. La suspension était intervenue deux jours après la suppression par le réseau social d’un message du président Muhammadu Buhari menaçant de « traiter avec un langage qu’ils comprennent » les responsables des violences.

Une jeunesse très connectée

La suspension de Twitter, puis l’ordre du gouvernement aux médias audiovisuels de supprimer leur compte dans un geste « patriotique », avait suscité une profonde consternation au Nigeria. L’Union européenne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et le Canada avaient alors déploré cette décision.

Dans le pays, 75 % des 210 millions d’habitants ont moins de 24 ans, selon les Nations unies : une jeunesse très nombreuse, mais aussi ultra-connectée. Environ 20 % de la population dit avoir un compte Twitter. Ces dernières années, la plateforme avait joué un rôle important dans le débat public, avec des hashtags comme #BringBackOurGirls, devenu viral lors de l’enlèvement de 276 écolières par Boko Haram en 2014, ou #EndSARS, qui a donné en 2020 son nom au vaste mouvement contre les brutalités policières et contre le pouvoir.

Après la suspension, les usagers avaient téléchargé en très grand nombre des VPN, permettant l’accès à Twitter partout dans le monde, et la recherche « VPN App » était devenue la deuxième plus grande recherche dans le pays, malgré les menaces du pouvoir contre tout contrevenant.