Droit de vote : Joe Biden appelle les sénateurs à passer en force via l’« option nucléaire »

POKER Le président américain a plaidé pour changer les règles du Sénat afin de pouvoir faire adopter deux projets de loi à la simple majorité, mais certains démocrates sont réservés

P.B.
— 
Joe Biden et Kamala Harris à Atlanta, en Géorgie, le 11 janvier 2022, après un discours appelant le Congrès à voter une loi pour défendre le droit de vote.
Joe Biden et Kamala Harris à Atlanta, en Géorgie, le 11 janvier 2022, après un discours appelant le Congrès à voter une loi pour défendre le droit de vote. — Patrick Semansky/AP/SIPA

Dans la partie de poker qui dure depuis près d’un an, le moment est venu de montrer ses cartes. En Géorgie, depuis les terres de Martin Luther King et John Lewis, Joe Biden a livré un vibrant plaidoyer en faveur de deux vastes réformes qui visent à protéger le droit de vote des minorités. A Atlanta, Kamala Harris à ses côtés, il a appelé les élus à passer en force via une option dite « nucléaire » : changer les règles du Sénat pour faire adopter ces textes à la simple majorité (50 voix + Kamala Harris) au lieu des 60 habituellement nécessaires. Reste encore à convaincre d’ici lundi une poignée de démocrates récalcitrants, notamment Joe Manchin et Kyrsten Sinema. Sous peine d’essuyer un second échec majeur en moins d’un mois.

Selon Joe Biden, il s’agit de « protéger la démocratie », un an après l’attaque du Capitole. Depuis, au nom d’une lutte contre une fraude pourtant presque inexistante, une vingtaine d’Etats républicains ont adopté des règles durcissant l’accès aux urnes. Ils ont limité le vote par correspondance, très favorable aux démocrates en 2020, ou exigent une pièce d’identité avec photo pour voter. Une mesure jugée discriminatoire, alors que les Etats-Unis n’ont pas de système national de carte d’identité. Selon une estimation de 2006, trois fois plus d’électeurs noirs que de blancs sont dépourvus d’un tel document en cours de validité (25 % contre 8 %),

Tuer le « filibuster », une mesure à double tranchant

« Chaque membre du Sénat sera jugé par l’histoire sur leur position avant le vote et après le vote », a tonné Joe Biden. Qui s’adresse implicitement à Joe Manchin et Kyrsten Sinema, qui ont tous les deux exprimé des doutes sur un passage en force.

Traditionnellement, le « filibuster » permettait à des élus de faire de l’obstruction avec un long discours pour n’importe quelle loi, à l’exception de celles touchant au budget. Mais désormais, une simple menace suffit. Et dans un Congrès plus polarisé que jamais, arriver à 60 voix semble désormais presque impossible. Malgré tout, Manchin et Sinema, des démocrates élus dans des terres trumpiennes en Virginie occidentale et en Arizona, voient cette règle comme un garant de la recherche du compromis. Et, ont-ils averti, y toucher, même simplement pour ces réformes électorales, serait particulièrement risqué.

Si les républicains regagnent la majorité aux midterms de novembre, ils pourraient riposter et s’engouffrer par cette porte entrouverte. Par exemple pour faire voter une loi nationale exigeant une pièce d’identité avec photo. Les démocrates avaient déjà touché au filibuster en 2013 pour la confirmation des juges fédéraux choisis par Barack Obama au Sénat. Sous Donald Trump, les républicains étaient allés plus loin en faisant pareil pour les juges à la Cour suprême.

Qui bluffe dans cette partie de poker menteur ? On devrait être fixé très vite : le patron de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a promis un vote d’ici lundi.