Egypte : Privé de sa nationalité égyptienne, le militant Ramy Shaath est arrivé à Paris

DROITS DE L'HOMME Libéré cette semaine, il a dû renoncer à sa nationalité égyptienne

20 Minutes avec AFP
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Ramy Shaath a dû renoncer à sa nationalité égyptienne (photo d'archive)
Ramy Shaath a dû renoncer à sa nationalité égyptienne (photo d'archive) — /AP/SIPA

Le militant politique égypto-palestinien Ramy Shaath, détenu en Egypte depuis plus de deux ans et  libéré cette semaine, est arrivé à Paris ce samedi, mais a été contraint de renoncer à sa nationalité égyptienne pour obtenir sa libération. « Au moment où nous écrivons ces lignes, Ramy est en route pour Paris », avait écrit dans un communiqué sa famille ce samedi, se disant « soulagée et ravie » de cette annonce mais regrettant que Le Caire « l’ait contraint à renoncer à sa citoyenneté égyptienne comme condition préalable à sa libération ».

Ramy Shaath a été libéré « dans la soirée du [jeudi] 6 janvier, après plus de 900 jours de détention arbitraire », selon les siens. Les autorités égyptiennes l’ont ensuite remis à un représentant de l’Autorité palestinienne à l’aéroport du Caire, d’où il a pris un avion pour Amman. Il devrait arriver à Paris dans l’après-midi.

Une source judiciaire égyptienne avait annoncé sa libération dès lundi soir, mais celle-ci a pris plusieurs jours pour se matérialiser. Le ministère des Affaires étrangères français avait communiqué mardi sur sa « libération imminente ». Son épouse française, Céline Lebrun, avait, elle, été expulsée vers Paris au moment de son arrestation.

Le président de la République, Emmanuel Macron, s’est réjoui ce samedi de la libération de l’activiste. « Je salue la décision des autorités égyptiennes de remettre Ramy Shaath en liberté. Je partage le soulagement de son épouse Céline Le Brun, qu’il retrouve en France, avec qui nous n’avons rien lâché », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

« Personne ne devrait avoir à choisir entre sa liberté et sa citoyenneté »

L’homme de 48 ans, une figure de la révolution égyptienne de 2011 et le coordinateur en Egypte du mouvement Boycott, désinvestissement, sanctions – prônant le boycott d’Israël dans la lutte contre l’occupation des Territoires palestiniens –, était détenu depuis juillet 2019 pour avoir voulu fomenter des « troubles contre l’Etat ». « Si nous sommes heureux que les autorités égyptiennes aient entendu notre appel à la liberté, nous regrettons qu’elles l’aient contraint à renoncer à sa citoyenneté égyptienne comme condition préalable à sa libération » après « deux ans et demi de détention injuste dans des conditions inhumaines », s’est insurgée la famille.

« Personne ne devrait avoir à choisir entre sa liberté et sa citoyenneté. Ramy est né égyptien, a grandi comme un Egyptien et l’Egypte a toujours été et sera toujours sa patrie », a-t-elle affirmé. « Aucune renonciation forcée à la citoyenneté prise sous la contrainte ne changera jamais cela. »

En décembre, cinq organisations de défense des droits humains avaient interpellé le président français Emmanuel Macron sur le sort de ce militant, fils du dirigeant politique palestinien Nabil Shaath. Un an plus tôt, au cours d’une visite à Paris du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi le 7 décembre 2020,  Emmanuel Macron avait affirmé s’être entretenu avec lui de « cas individuels », dont celui de Ramy Shaath.
L’Egypte compte plus de 60.000 détenus d’opinion, selon des ONG. Les Etats-Unis estiment que le pays viole les droits humains dans tous les domaines et ont en conséquence gelé 10 % de leur aide. « La libération de Ramy est un témoignage vivant du pouvoir de l’organisation collective pour mettre fin à de graves injustices telles que celles contre lesquelles Ramy s’est battu tout au long de sa vie », a commenté la famille, qui a remercié les « centaines de législateurs, d’élus et de représentants de gouvernements » qui l’ont défendu, notamment en France, en Europe et aux États-Unis.

Les proches du militant ont dit « rester solidaires de toutes celles et tous ceux qui continuent d’être injustement détenus » en Egypte. « Nous prions pour le jour où eux aussi seront à nouveau réunis avec leurs proches. » Un autre militant égyptien des droits humains, le chercheur Patrick Zaki, a été libéré en décembre après 22 mois de détention mais encourt toujours jusqu’à cinq ans de prison pour « fausses informations » à cause d’un article dénonçant les discriminations contre les chrétiens.