L'ANC part favori aux élections en Afrique du sud

ELECTIONS Le chef controversé de l'ANC, Jacob Zuma, est quasi assuré de devenir le prochain président...

Faustine Vincent

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Jacob Zuma se présentait "pour la 38e fois devant la justice sur une période de 7 ans et demi", a relevé un porte-parole de l'ANC, Carl Niehaus sur la radio publique SABC, en estimant "peu probable qu'il ait un procès juste et équitable."
Jacob Zuma se présentait "pour la 38e fois devant la justice sur une période de 7 ans et demi", a relevé un porte-parole de l'ANC, Carl Niehaus sur la radio publique SABC, en estimant "peu probable qu'il ait un procès juste et équitable." — Str AFP/Archives

Il y a encore deux semaines, Lebo Malepa ignorait pour qui il allait voter aux élections générales qui se tiennent aujourd'hui en Afrique du Sud. Cet habitant du célèbre bidonville de Soweto, où a vécu l'ancien président Nelson Mandela, a fixé son choix après s'être fait agresser par des Blancs.

«J'allais voir mes parents avec ma petite amie suédoise. Ils habitent dans une ville à majorité afrikaner (descendants des colons). Sur le chemin du retour, je me suis fait insulter par trois d'entre eux parce que moi, qui suis noir, je sortais avec une femme blanche, raconte-t-il à «20 Minutes» par téléphone. ça a été le déclencheur. J'ai compris que l'apartheid (aboli en 1991) était toujours vivant, et que la lutte n'était pas terminée».

Lebo votera donc pour le Congrès national africain (ANC), le parti historique de Nelson Mandela, héros de la lutte contre l'apartheid et prix Nobel de la paix.

Jacob Zuma assuré d'être président

Plus de 67% des 23 millions de sud-africains appelés à voter devraient faire de même, selon un sondage publié hier. Le chef controversé de l'ANC, Jacob Zuma, est donc assuré de devenir le prochain président. «Je ne l'aime pas vraiment, confie Lebo, mais je vote pour un parti, pas pour une personne».

Lors de son dernier meeting de campagne dimanche, où Nelson Mandela a électrisé les foules en faisant une apparition surprise, le candidat à la présidence a assuré que l'Afrique du sud «appartient à tous, Noirs et Blancs». Sa victoire écrasante annoncée pourrait toutefois être ternie par une percée des dissidents de l'ANC, regroupés au sein d'une nouvelle formation, baptisée le Congrès du peuple (COPE) et créditée de 8 à 12% des intentions de vote.

L'ANC défend son bilan


Ce nouveau parti est issu des dissensions internes qui ont débouché en septembre sur l'éviction de l'ex-président Thabo Mbeki et se veut une alternative crédible à l'ANC. Soucieux de rallier les déçus du Congrès national africain, il accuse le gouvernement d'insuffisances sur les fronts de la pauvreté, de la criminalité et de la lutte contre le sida.

L'ANC, lui, défend son bilan: en 15 ans de pouvoir, ce parti, arrivé au pouvoir en 1994, est parvenu à faire émerger une classe moyenne noire, à stabiliser l'économie et à donner un meilleur accès à l'eau et à l'électricité. Mais il reconnaît qu'il reste beaucoup à faire. Aujourd'hui, 43% de la population vit toujours en dessous du seuil de pauvreté, le taux de chômage avoisine les 40%, la criminalité ravage le pays avec 50 homicides par jour, tandis que le sida touche 5,5 millions de personnes. «Beaucoup de choses ont été faites et restent à faire, estime Lebo. Ces élections sont une façon de laisser une chance à l'ANC. Mais c'est la dernière».