Kazakhstan : Etat d’urgence et émeutes dans un pays coupé du monde, 8 policiers tués

REVOLTE Face aux manifestations de la population contre l'augmentation du prix du gaz, Moscou a annoncé l'envoi d'une force de maintien de la paix

20 Minutes avec AFP
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Le Kazakhstan est en proie à des émeutes notamment alimentées par la hausse des prix du gaz (photo du 5 janvier 2022).
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Le Kazakhstan est en proie à des émeutes notamment alimentées par la hausse des prix du gaz (photo du 5 janvier 2022). — Valery Sharifulin/TASS/Sipa USA/SIPA

Internet et les téléphones portables étaient bloqués mercredi au Kazakhstan . Le pays a décrété l’état d’urgence sur tout son territoire, en proie à des manifestations violentes depuis plusieurs jours et où la foule a pris d’assaut les bâtiments gouvernementaux de l’ex-république soviétique d’Asie centrale. Dans la nuit de mercredi à jeudi, Moscou et ses alliés de l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) ont annoncé jeudi l'envoi d'une "force collective de maintien de la paix", comme l'a demandé cette ex-république soviétique.

L’instauration de l’état d’urgence a été annoncée à la télévision publique kazakh, selon les agences russes, dont l’agence officielle TASS. Selon le ministère de l’Intérieur kazakh, cité par des médias locaux, au moins huit membres des forces de l’ordre et militaires ont été tués dans les émeutes, et 317 été blessés « par la foule déchaînée ».

Un mouvement de colère après la hausse du prix du gaz

Le président kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, avait auparavant dénoncé, dans une allocution télévisée, « des attaques massives contre les forces de l’ordre » affirmant que celles-ci avaient fait dans leurs rangs des morts et des blessés. « Des groupes d’éléments criminels battent nos soldats, les humilient, les traînant nus dans les rues, agressent les femmes, pillent les magasins », a-t-il décrit.

« En tant que chef de l’Etat et à partir d’aujourd’hui président du Conseil de sécurité, j’ai l’intention d’agir de la manière la plus ferme possible », a-t-il encore dit.

Le mouvement de colère, qui avait éclaté dimanche dans une ville de province après une hausse des prix du gaz, s’est étendu à Almaty, capitale économique et plus grande ville du pays, dans la nuit de mardi à mercredi.

Après une nuit d’émeutes qui ont vu l’arrestation de plus de 200 personnes, des milliers de manifestants ont pris d’assaut le siège de l’administration d’Almaty mercredi après-midi, semblant en avoir pris le contrôle.

La police a tiré grenades assourdissantes et gaz lacrymogène sur les manifestants, dont certains étaient armés de matraques et de boucliers pris aux forces de l’ordre, mais n’a pas pu les empêcher de pénétrer dans le bâtiment, selon des journalistes de l’AFP.

Des bâtiments pris d’assaut

Des hommes en uniforme de police ont été aperçus déposant leurs boucliers et leurs casques pour embrasser les protestataires. « Ils passent de notre côté ! », a lancé une femme en enlaçant un autre manifestant.

Des médias locaux ont rapporté que les manifestants s’étaient ensuite dirigés vers la résidence présidentielle dans la ville, et que les deux bâtiments étaient en flammes. Des informations impossibles à vérifier dans l’immédiat faisaient état de troubles dans tout le pays, et de la prise de l’aéroport d’Almaty par les manifestants. La compagnie russe Aeroflot a annulé son vol au départ de Moscou pour cette ville.

Dans un effort pour juguler la crise, le président Tokaïev avait déjà limogé le gouvernement et décrété l’état d’urgence dans plusieurs régions dont Almaty et la capitale, Nur-Sultan, récemment rebaptisée ainsi en l’honneur de l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev. Un couvre-feu est en vigueur de 23h à 7h.

Plus d’internet

Les manifestations de protestation sont rares au Kazakhstan, pays autoritaire où les rassemblements doivent recevoir l’autorisation préalable des autorités. Il était impossible mercredi d’avoir une vision complète de la situation dans le pays, journalistes et témoins ne pouvant plus être joints par Internet ou par téléphone.

Le groupe spécialisé dans la surveillance du web NetBlocks a fait état sur Twitter d’une « coupure d’internet à l’échelle nationale, (…) susceptible de limiter sévèrement la couverture des manifestations antigouvernementales qui s’intensifient ».

Les correspondants de l’AFP étaient injoignables mercredi soir. Auparavant, ils avaient signalé que les connexions Internet étaient intermittentes et que les applications de messagerie Telegram, Signal et WhatsApp étaient toutes indisponibles. « Gouvernement démission ! » et « Le vieillard dehors ! », scandaient les manifestants en référence à l’ancien président.

Un pays important économiquement et géopolitiquement pour la Russie

Noursoultan Nazarbaïev, aujourd’hui âgé de 81 ans, avait régné sur le pays depuis 1989, et est dans l’ombre du pouvoir depuis qu’il a quitté la présidence en 2019 en gardant un statut sur-mesure de « Leader de la nation » et en installant un successeur à sa main.

Cet allié du président russe Vladimir Poutine était également resté président du puissant Conseil de sécurité, mais le président Tokaïev a annoncé mercredi qu’il exercerait désormais lui-même cette fonction.

Le Kazakhstan, le plus grand des cinq pays ex-soviétiques d’Asie centrale, qui comprend une importante minorité considérée comme ethniquement russe, est d’une importance économique et géopolitique cruciale pour la Russie. Moscou a appelé mercredi à résoudre la crise par le dialogue « et non par des émeutes de rues et la violation des lois ».

- Crise du gaz -

Le mouvement de colère a débuté dimanche après une hausse des prix du gaz naturel liquéfié (GNL), dans la ville de Janaozen, dans l’ouest du pays, avant de s’étendre à la grande ville régionale d’Aktau, sur les bords de la mer Caspienne, puis à Almaty.

La hausse des prix du gaz est perçue par la population comme injuste au vu des vastes ressources gazières et pétrolières du Kazakhstan. Le Khazakstan, première économie d’Asie centrale habituée par le passé à des taux de croissance à deux chiffres, souffre de la baisse des prix du pétrole et de la crise économique en Russie, qui a mené à la dévaluation du tenge kazakh et à une forte inflation.

Les Etats-Unis appellent à la « retenue »

Le gouvernement américain appelle les autorités du Kazakhstan à la « retenue » et souhaite que les manifestations s’y déroulent « de manière pacifique », a dit mercredi la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki, alors que le pays d’Asie centrale vient de décréter l’état d’urgence.

Jen Psaki a aussi critiqué les « folles allégations de la Russie » sur une responsabilité supposée des Etats-Unis dans les émeutes qui secouent le Kazakhstan. « C’est absolument faux » et cela relève « de la stratégie de désinformation russe », a-t-elle asséné.