Hong Kong : Un troisième média ferme par crainte pour la sécurité de ses journalistes

DEMOCRATIE Après  Apple Daily et Stand News, c’est au tour du média hong-kongais CitizenNews, financé par ses lecteurs, d’annoncer sa fermeture par crainte pour la sécurité de ses journalistes dans un contexte de plus en plus dégradé pour la liberté de la presse

20 Minutes avec AFP
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La rédactrice en chef de Citizen News Daisy Li (à gauche) et l'écrivain en chef Chris Yeung (à droite) assistent à une conférence de presse au bureau de la société à Hong Kong le 3 janvier 2022, après que le média a annoncé sa fermeture le 2 janvier.
La rédactrice en chef de Citizen News Daisy Li (à gauche) et l'écrivain en chef Chris Yeung (à droite) assistent à une conférence de presse au bureau de la société à Hong Kong le 3 janvier 2022, après que le média a annoncé sa fermeture le 2 janvier. — Bertha WANG / AFP

C’était l’un des organes d’information en ligne les plus populaires de Hong Kong, avec plus de 800.000 abonnés sur les réseaux sociaux. Les journalistes du site d’information CitizenNews ont dénoncé lundi le déclin de la liberté de la presse dans le territoire, quelques heures après avoir annoncé une cessation de leurs activités par crainte pour leur sécurité.

Cette fermeture intervient moins d’une semaine après celle du site d’information pro-démocratie Stand News qui a été visé par des perquisitions et sept arrestations pour « publication séditieuse », le dernier exemple en date de la répression exercée sur la presse locale par les autorités fidèles à Pékin.

Le raid de la police à Stand News comme déclic

CitizenNews, un site d’information non partisan fondé en 2017 par un groupe de journalistes chevronnés était financé par ses lecteurs. Il a annoncé sa fermeture dimanche, précisant que son site internet ne serait plus mis à jour à compter de lundi soir minuit.

À l’occasion de cette dernière journée, les journalistes ont expliqué que leur décision a pour origine le raid effectué la semaine dernière au sein de Stand News.

« Nous avons fait de notre mieux pour ne violer aucune loi, mais il est difficile de connaître les contours d’application de la loi et nous ne pouvons plus nous sentir en sécurité pour travailler », a déclaré aux journalistes Chris Yeung, cofondateur de CitizenNews et ancien président de l’Association des journalistes de Hong Kong (HKJA).

« Les journalistes sont aussi des êtres humains qui ont des familles et des amis », a-t-il ajouté. Chris Yeung a déclaré que sa rédaction n’avait pas été contactée par les forces de l’ordre, mais qu’elle a décidé de fermer en raison de ce qui s’est produit au sein des autres médias.

« Pouvons-nous travailler sur des "nouvelles sûres " » ?

« Pouvons-nous travailler sur des "nouvelles sûres" ? Je ne sais même pas ce qu’est une information sûre », a déclaré la rédactrice en chef Daisy Li, également ancienne présidente de la HKJA, à la presse.

Au moment où ces journalistes s’exprimaient, les nouveaux membres du Conseil législatif hongkongais réservé aux «patriotes» prêtaient un serment de loyauté.  La semaine dernière, 89 des 90 législateurs ont publié un communiqué soutenant le raid de la police chargée de la sécurité nationale au sein de Stand News.

Le quotidien nationaliste Global Times a salué lundi la fermeture de CitizenNews. « Comme Stand News, il publiait également des articles critiquant sévèrement le gouvernement central et le Parti communiste chinois », écrit le journal.

L’ex-colonie britannique a longtemps été considérée, du fait de sa grande autonomie vis-à-vis de Pékin, comme un bastion de la liberté de la presse en Asie et de nombreux médias internationaux y avaient établi leurs sièges régionaux.

Un climat pour la presse qui se dégrade

Mais le climat pour la presse s’est considérablement dégradé avec la reprise en main musclée qui a suivi la mobilisation populaire de 2019. Une loi draconienne sur la sécurité nationale, imposée par Pékin en 2020, est devenue le principal instrument de répression contre la dissidence.

En juin, le journal pro-démocratie Apple Daily a fermé après le gel de ses actifs et l’arrestation de ses dirigeants. Stand News a fermé ses portes la semaine dernière après sept arrestations en lien avec ce média. Parmi elles, son rédacteur en chef Patrick Lam et son prédécesseur Chung Pui-kuen, depuis inculpés pour «conspiration en vue de réaliser une publication séditieuse ».

À quelques exceptions près, les médias locaux se plient de plus en plus à la ligne officielle, tandis que l’exécutif a fait du radiodiffuseur de service public RTHK un organe proche des médias officiels chinois qui sont soumis à une étroite censure.

Le South China Morning Post invite les Occidentaux à balayer devant leurs portes

Au cours du week-end, Yonden Lhatoo, rédacteur en chef des informations du South China Morning Post, quotidien anglophone de référence de Hong Kong, propriété du fondateur d’Alibaba, Jack Ma, a qualifié les critiques émanant des pays occidentaux sur la fin de la liberté de la presse à Hong Kong de « dénuées de moralité » et leur a conseillé de balayer d’abord devant leurs portes.

Pour illustrer son propos, il a évoqué le cas de Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, incarcéré dans une prison britannique en attendant son extradition vers les États-Unis.

L’AFP, CNN, le Wall Street Journal, le Financial Times et Bloomberg font partie des médias étrangers ayant leur siège régional à Hong Kong. Le New York Times et le Washington Post ont déménagé une partie du leur à Séoul en raison de la situation politique à Hong Kong.