Russie : La justice dissout le Centre des droits humains de l'ONG Mémorial

LIBERTES Engagée dans la défense des libertés publiques et pour faire la lumière sur les purges de l’air soviétique, l’ONG Mémorial est un ennemi à abattre pour le Kremlin

20 Minutes avec AFP
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La justice russe s'applique à dissoudre l'organisation humanitaire.
La justice russe s'applique à dissoudre l'organisation humanitaire. — Kommersant/SIPA

La justice russe a ordonné ce mercredi, pour la deuxième fois en deux jours, la fermeture des structures de la principale organisation de défense des droits du pays, Mémorial, en dépit d’une vague internationale d’indignation. La cour « a décidé d’accéder à la requête du procureur de dissoudre l’organisation de défense des droits Mémorial et toutes les entités rattachées », a déclaré le juge Mikhaïl Kazakov.

La décision de ce mercredi s’applique à l’organisme recensant les violations des droits humains dans la Russie contemporaine, notamment les poursuites politiques visant les opposants de  Vladimir Poutine. La veille, la Cour Suprême avait banni sa maison mère, Mémorial International, et ses structures enquêtant sur les purges soviétiques. Le Centre de défense des droits humains de Mémorial a été dissous pour avoir enfreint une loi controversée sur les « agents de l’étranger » et avoir fait l’apologie du « terrorisme » et de l'« extrémisme ».

Manifestation de soutien

Malgré le froid glacial, plusieurs dizaines de personnes s’étaient rassemblées devant le tribunal pour exprimer leur soutien à cette organisation emblématique de l’Histoire contemporaine de la Russie. Fondée en 1989 par des dissidents soviétiques voulant sauvegarder la mémoire des victimes des crimes staliniens, l’ONG Mémorial s’est imposée ensuite comme un pilier de la société civile, s’attirant les foudres du Kremlin pour son engagement dans la défense des libertés publiques.

« Si l’on nous dissout, cela confirmera que les poursuites à des fins politiques sont devenues une réalité systémique de nos vies », a plaidé ce mercredi devant le tribunal Alexandre Tcherkassov, qui dirige le Centre de défense des droits humains. Les deux dissolutions prononcées mardi et mercredi marquent le franchissement d’un nouveau palier dans la répression tous azimuts des voix critiques du Kremlin.

Un meurtre jamais élucidé

La dissolution de Mémorial International mardi avait suscité une vague d’indignation à travers le monde, le secrétaire d’État américain Antony Blinken dénonçant une « persécution ». Pour le directeur exécutif de l’ONG Human Rights Watch Kenneth Roth, « le gouvernement russe ne veut plus tolérer de recensement objectif et honnête de son comportement ». « Si ce qu’on voit dans le miroir est trop horrible, la réponse est de changer de comportement, pas de briser le miroir », a-t-il déclaré dans une allocution vidéo mardi.

Fondée par des dissidents soviétiques, dont le prix Nobel de la Paix Andreï Sakharov, Mémorial s’était donné pour mission de faire la lumière sur les crimes de l’Union soviétique contre son peuple. Après la fin de l’URSS, elle s’est également engagée dans la défense des droits humains. Lors des deux guerres de Tchétchénie, elle s’est illustrée en documentant les exactions des forces russes et leurs alliés tchétchènes. En 2009, Natalia Estemirova, responsable de l’ONG dans cette région du Caucase, avait été  assassinée. Le crime n’a jamais été élucidé.

En Russie, l’année 2021 a été marquée par l’emprisonnement du principal adversaire du Kremlin, Alexeï Navalny, puis l’interdiction de son mouvement pour « extrémisme », mais aussi la désignation de nombreuses ONG, médias indépendants ou simples individus comme « agents de l’étranger ». Cette qualification, qui rappelle celle d'« ennemi du peuple » à l’époque soviétique, contraint les personnes ou entités visées à se soumettre à de fastidieuses démarches administratives et à mentionner ce statut dans chacune de leurs publications. Des responsables de Mémorial avaient affirmé ces dernières semaines que l’organisation continuerait de travailler d’une manière ou d’une autre même en cas de dissolution.