La France quittera la conférence sur le racisme au premier dérapage antisémite

NATIONS UNIES Après les défections des Etats-Unis et de l'Allemagne, la deuxième édition qui débute lundi à Genève risque bien de virer au fiasco...

C. F. (avec agence)

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Manifestation à Genève (Suisse), samedi 18 avril 2009, deux jours avant le lancement de la conférence contre le racisme, Durban II.
Manifestation à Genève (Suisse), samedi 18 avril 2009, deux jours avant le lancement de la conférence contre le racisme, Durban II. — Denis Balibouse/ REUTERS
La France assistera à Durban 2, mais elle quittera la salle, comme les autres Européens, si le président iranien Mahmoud Ahmadinejad profère des «accusations antisémites», a déclaré ce lundi Bernard Kouchner. Le chef de la diplomatie a confirmé qu'après des tergiversations, la France participera bien à la Conférence de l'ONU sur le racisme qui s'ouvre lundi à Genève.

Avant de s'envoler pour Genève, où il doit participer lui-même à la conférence, le président iranien a affirmé dimanche que «l'idéologie et le régime sioniste sont les porte-drapeaux du racisme», renforçant les craintes d'incidents lors des débats.

Ahmadinejad est-il intelligent?

«S'il était intelligent, il ne répèterait pas cela dans la salle. S'il répète cela dans la salle, tous les ambassadeurs européens présents se lèveront et sortiront», a averti Bernard Kouchner sur France Info.

«La France ira à Genève pour être présente» à la conférence de l'ONU sur le racisme, «afin de défendre son point de vue concernant les droits de l'Homme», a affirmé cette source.

La Grande-Bretagne n'ira pas

La question est «accepter ce texte minimaliste et nous rendre à la Conférence de Genève avec un niveau réduit de représentation ou ne pas nous y rendre et faire savoir que ce texte manque trop d'ambition pour justifier notre présence», résumait le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, dans une lettre envoyée vendredi à ses homologues européens pour tenter d'unifier la position européenne. Peine perdue puisque l'Allemagne a annoncé dimanche soir qu'elle ne serait pas présente à Genève.

La Grande-Bretagne, elle, avait annoncé plus tôt dans la journée qu'elle participerait bien à cette Conférence qui risque bien de virer au fiasco, comme la première édition.

Les Etats-Unis claquent la porte

Un peu plus tôt dans la matinée, les Etats-Unis ont fait savoir qu'ils «ne participeront pas» non plus, à l'instar de l'Australie, du Canada et d'Israël. En cause, dans la décision américaine, des passages dans la déclaration finale que les Etats-Unis «ne peuvent pas accepter», a annoncé samedi le porte-parole du département, Robert Wood, dans un communiqué. Selon lui, si Washington «applaudit les progrès» réalisés sur le nouveau projet de déclaration finale, «amélioré de façon significative» par rapport aux versions précédentes, celui-ci ne répond toujours pas aux inquiétudes américaines.

Il a notamment critiqué des passages singularisant le conflit du Proche-Orient et d'autres allant à l'encontre des engagements américains en faveur d'une totale liberté d'expression.

Le précédent de 2001

Les Etats-Unis et Israël avaient déjà claqué la porte de la précédente et historique Conférence de l'ONU contre le racisme qui s'était déroulée en 2001 à Durban (Afrique du Sud), après des débats houleux avec des Etats musulmans sur le traitement des Palestiniens par Israël et sur l'antisémitisme.

Les négociateurs présents dans la capitale suisse avaient indiqué vendredi que les pays occidentaux et la plupart des pays musulmans avaient accepté le projet de déclaration finale de la Conférence, qui a aplani les questions les plus controversées relatives aux discriminations religieuses, à Israël et au Proche-Orient.

La présence d’Ahmadinejad fait tâche

 

La nouvelle mouture du texte ne contient pas de singularisation d'Israël, ni de mention de la diffamation des religions, considérés comme des «lignes rouges» par les Occidentaux. Un paragraphe soulignant l'importance de la mémoire de l'Holocauste, que ne voulaient pas les Iraniens, a été maintenu.

Mais la présence attendue, lundi à Genève, du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui a qualifié à plusieurs reprises l'Holocauste de «mythe» et multiplié les déclarations hostiles à Israël, dont il a réclamé la destruction, a jeté une ombre sur la Conférence.