Obama amorce un changement de politique avec l'Amérique latine

Armelle Le Goff

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Après l'Union européenne et l'Irak, voici venu le temps de l'Amérique latine. Barack Obama arrive aujourd'hui au Mexique pour sa première visite officielle dans ce pays, qui, du fait d'une insécurité croissante, pourrait devenir une priorité de la nouvelle administration. Mais c'est toute la diplomatie américaine à l'égard de ses voisins du Sud qui pourrait se voir transformée. Adepte du multilatéralisme, Obama espère ainsi circonscrire le fort courant antiaméricain qui s'est formé ces dernières années à l'initiative du président vénézuélien, Hugo Chavez. Son geste de lundi à l'égard de Cuba (lire encadré) participe sans doute de ce souhait. Il constitue un gage de bonne volonté à l'intention des dirigeants latino-américains à la veille du Sommet des Amériques, première grande rencontre régionale, demain, à Trinité-et-Tobago.

La lutte contre la drogue Au coeur du déplacement d'Obama, le trafic de cocaïne dont les cartels mexicains inondent les Etats-Unis, leur premier client. A l'inverse de l'administration précédente, la Maison Blanche considère désormais que la lutte contre le narcotrafic se joue aussi sur le territoire américain. C'est dans cette perspective qu'Obama a renforcé les contrôles le long de la frontière et à la sortie des Etats-Unis, d'où provient la majeure partie des armes. Un changement de ton salué par le président mexicain, Felipe Calderon, pour qui la lutte anti-crime constitue une priorité absolue. Cela fait longtemps en effet que Mexico espère de la part des Etats-Unis la reconnaissance du principe de « responsabilité partagée » en matière de lutte contre le narcotrafic.

La crise économique Deuxième économie d'Amérique latine, le Mexique dépend de Washington pour 80 % de ses exportations. Le pays est donc très inquiet des conséquences que pourrait avoir la crise traversée actuellement par les Etats-Unis sur son économie. D'autant que le pays dépend de son puissant voisin d'une manière plus informelle. Douze millions de Mexicains installés de l'autre côté de la frontière, parmi lesquels 6 à 8 millions de clandestins, pourvoient avec les mandats envoyés à leurs familles à la deuxième source de devises du pays, derrière le pétrole. Une régularisation de la situation des sans-papiers serait donc fort bien perçue des deux côtés de la frontière. Mais, lors du Sommet des Amériques, ce sont les dirigeants de tout le sud du continent qui attendent un geste de leur voisin du Nord. Sauf qu'Obama ne devrait annoncer aucune initiative financière en ce sens. ■