Royaume-Uni : Boris Johnson assume « la responsabilité » dans la sévère défaite électorale de son parti

ELECTIONS Le parti conservateur a subi une sévère défaite lors d’une législative partielle

20 Minutes avec AFP
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Boris Johnson a déclaré qu'il assumait
Boris Johnson a déclaré qu'il assumait — Adrian DENNIS / AFP / POOL

Tempête en vue pour Boris Johnson. Au lendemain d’une sévère défaite électorale pour son parti conservateur, le Premier ministre britannique a dit assumer la « responsabilité » de cet échec. « Je comprends parfaitement pourquoi les gens se sont sentis frustrés », a-t-il déclaré en référence aux électeurs qui ont voté en faveur du parti concurrent libéral démocrate jeudi dans le North Shropshire (centre de l’Angleterre).

« Je suis responsable de tout ce que fait le gouvernement et bien sûr j’en prends la responsabilité personnelle ». Ce scrutin faisait figure de test dont le Premier ministre cerné par les scandales ressort encore plus affaibli. Deux ans après son triomphe aux élections générales, remporté sur la promesse de réaliser le Brexit, Boris Johnson, 57 ans, risque à présent  une grave crise d’autorité chez les Tories, voire un vote de défiance pour le remplacer à la tête de la majorité et donc du gouvernement.

« La fête est finie »

Cet épisode intervient alors que son gouvernement affronte une flambée de coronavirus – plus de 88.000 nouveaux cas jeudi, un nouveau record pour le deuxième jour consécutif – due au variant  Omicron. La législative partielle du North Shropshire, circonscription très rurale du centre de l’Angleterre acquise de longue date aux conservateurs, a ainsi été remportée par les Libéraux-démocrates. La candidate du petit parti europhile, Helen Morgan, s’est imposée avec 47 % des suffrages, soit près de 6.000 voix d’avance sur son rival conservateur, selon les résultats officiels, annoncé vendredi au petit matin.

Les électeurs ont exprimé « clairement » à Boris Johnson que « la fête est finie », a-t-elle lancé dans son discours après l’annonce de sa victoire. « Votre gouvernement, dirigé par des mensonges et des fanfaronnades, devra rendre des comptes », a ajouté Helen Morgan, « il peut et sera vaincu ». La nouvelle députée de 46 ans ravit ainsi aux conservateurs le siège d’Owen Paterson, en poste depuis 1997, qui a dû démissionner pour une affaire de lobbying.

Fêtes à Downing Street

Aux dernières législatives de 2019, il avait obtenu 62,7 % des suffrages et une confortable majorité de presque 23.000 voix. Le taux de participation dans cette circonscription très rurale de l’Angleterre, acquise depuis des décennies aux Tories, s’est élevé jeudi à 46,3 % (soit 38.093 votants selon le décompte définitif), bien loin des 62,9 % atteints lors des élections générales de décembre 2029.

Boris Johnson était venu le mois dernier à la rescousse de M. Paterson en tentant de modifier les règles disciplinaires du Parlement, avant de reculer face au tollé jusque dans son propre camp. Ce scandale, qui s’inscrit dans une longue série d’affaires embarrassantes – des accusations de corruption dans son parti à celles de violations des restrictions sanitaires – ont fragilisé Boris Johnson.

Longtemps blindée, la popularité du dirigeant s’est effondrée et de récents sondages sur les intentions de vote donnaient au niveau national plusieurs points d’avance à l’opposition travailliste. En particulier, des révélations récentes sur la tenue d’événements festifs fin 2020 à Downing Street passent très mal auprès des Britanniques alors priés de réduire à l’extrême leurs interactions sociales.

« Raz-de-marée »

S’y est ajoutée jeudi la révélation par les journaux The Guardian et The Independant d’une brève apparition de Boris Johnson à un pot à Downing Street le 15 mai 2020, malgré les restrictions sanitaires. Downing Street a évoqué une réunion « avec le ministre de la Santé de l’époque (Matt Hancock NDLR) et son équipe dans le jardin après une conférence de presse ». Ces affaires tombent au plus mal pour M. Johnson, au moment critique où le Royaume-Uni est confronté, selon ses termes, à un « raz-de-marée » de contaminations dues au variant Omicron du coronavirus  dans un pays qui déplore près de 147.000 morts.

Sa crédibilité fragilisée, il a peiné mardi au Parlement à faire accepter de nouvelles restrictions anti-Covid. Camouflet ultime, il y a affronté une fronde inédite de sa majorité : 99 députés ont voté contre l’instauration d’un pass sanitaire pour les grands événements, jugée liberticide, mesure finalement adoptée grâce aux voix de l’opposition travailliste. A l’échelle du parti, seule l’ancienne Première ministre Theresa May avait connu pire depuis la Seconde Guerre mondiale.