Chemises rouges contre chemises jaunes

Armelle Le Goff

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Nouvelle flambée de violence au pays du sourire. Hier, dès l'aube, des affrontements ont opposé l'armée aux militants antigouvernementaux, faisant au moins deux morts et 113 blessés. Selon l'AFP, les scènes de guerre se sont poursuivies toute la journée à Bangkok, soumise depuis la veille à l'état d'urgence. Les manifestants ont érigé des barricades et se sont battus contre l'armée à coups de cocktails Molotov et de pavés dans plusieurs quartiers de la capitale, incendiant des autobus et un bâtiment du ministère de l'Education. Selon l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra, le nombre de victimes serait bien supérieur. « De nombreuses personnes sont mortes », a affirmé l'ex-magnat des télécoms depuis Londres, où il vit en exil afin d'échapper à une condamnation pour corruption.

Déjà paralysée par une crise politique sans précédent fin 2008, la Thaïlande est une nouvelle fois le théâtre d'une guerre des chemises. Mais, cette fois, ce sont les « rouges » qui montent au créneau. Ces partisans de Thaksin, Premier ministre de 2001 à 2006, exigent la démission de l'actuel chef du gouvernement. Abhisit Vejjajjiva a accédé au pouvoir le 15 décembre dernier à l'issue d'un bras de fer de plusieurs semaines entre les chemises jaunes, militants de l'Alliance du peuple pour la démocratie, et le gouvernement d'alors, pro-Thaksin. Cette crise n'est donc qu'un nouveau soubresaut dans un contexte d'affrontements politiques déclenchés par le renversement de Thaksin il y a trois ans. Les dernières élections, en décembre 2007, avaient vu les proches de l'ancien Premier ministre revenir au pouvoir, au grand dam des élites urbaines qui lui sont farouchement opposées. En obtenant le débarquement des pro-Thaksin, en décembre dernier, les « jaunes » ont réussi à reprendre la main, tacitement soutenus par une armée extrêmement passive. A l'inverse, cette fois, les militaires semblent déterminés à utiliser « tous les moyens possibles pour rétablir l'ordre ». ■