Pêche post-Brexit : Londres annonce 23 licences supplémentaires aux Français

NEGO Le Royaume-Uni a accordé 18 licences à des navires de remplacement, tandis que l’île anglo-normande de Jersey a de son côté approuvé 5 nouvelles licences

B.D. avec AFP
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Illustration: Des bateaux de pêche dans le port de Ouistreham, le 10 décembre 2021.
Illustration: Des bateaux de pêche dans le port de Ouistreham, le 10 décembre 2021. — Sameer Al-DOUMY / AFP

Menacés de « contentieux » par Paris dans le conflit des droits de pêche post-Brexit, les Britanniques ont accordé ce samedi 23 licences supplémentaires aux pêcheurs français, un chiffre très en-deçà des 104 licences encore réclamées par la France. La France avait dit vendredi attendre « un geste de bonne volonté » de Londres pour poursuivre les discussions, après avoir menacé d’engager à son encontre une procédure au niveau européen si aucune avancée n’était enregistrée dans la journée.

« Hier soir, après avoir reçu des éléments justificatifs additionnels de la part de la Commission européenne, le Royaume-Uni a accordé 18 licences à des navires de remplacement » prenant la place de bateaux pêchant auparavant dans les eaux britanniques, a indiqué un porte-parole du gouvernement britannique. Cette annonce a été confirmée par la Commission européenne, qui négocie au nom de la France. Ces nouveaux bateaux, qui prennent la place de bateaux pêchant auparavant dans les eaux britanniques mais dont Londres contestait l’antériorité, sont la principale pierre d’achoppement des discussions avec Paris.

Encore 81 licences réclamées par Paris

« Un travail technique plus approfondi se poursuit sur sept demandes supplémentaires concernant des navires de remplacement, et devrait se conclure lundi », a ajouté le porte-parole britannique. Par ailleurs, l’île anglo-normande de Jersey, qui octroie ses licences de manières indépendante, a approuvé samedi 5 nouvelles licences aux pêcheurs français, a annoncé son gouvernement, un chiffre confirmé par Bruxelles. Au total, l’île a délivré jusqu’à présent 130 licences. Sa voisine Guernesey, elle, avait délivré début décembre une quarantaine de licences. Selon le porte-parole britannique, ces décisions « concluent la période de pourparlers intensifs » des derniers jours entre Londres et la Commission.

En vertu de l’accord signé fin 2020 entre Londres et Bruxelles, les pêcheurs européens peuvent continuer à travailler dans les eaux britanniques à condition de pouvoir prouver qu’ils y pêchaient auparavant. Mais depuis plus de onze mois, Français et Britanniques se disputent sur la nature et l’ampleur des justificatifs à fournir. Avec les 23 approbations annoncées ce samedi, la France a jusqu’ici obtenu 1.027 licences de pêche post-Brexit et en réclame donc encore 81.

« Une importante étape »

« Cette décision est une importante étape dans un long processus. Nous allons examiner (…) la base légale de chaque demande de licence qui n’a pas encore été approuvée », a souligné samedi sur Twitterle commissaire européen à la Pêche Virginijus Sinkevicius. Au total, 83 nouvelles licences ont été accordées par les Britanniques ces deux dernières semaines, s’est-il félicité. La Commission s’était montrée vendredi confiante sur la conclusion rapide d’un compromis, faisant état d’une « compréhension mutuelle » et rappelant que 95 % des demandes de licences réclamées avaient déjà reçu une réponse positive.

Bruxelles avait demandé à Londres de régler le litige des droits de pêches avant vendredi 10 décembre, Paris faisant de cette date un ultimatum. Jeudi soir, le Royaume-Uni avait sèchement rejeté l’échéance. Si Londres « campe sur sa position, nous demanderons à la Commission d’annoncer qu’un contentieux est engagé », avait réaffirmé vendredi le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Clément Beaune. Mais « si les Britanniques disent « on donne quelques dizaines de licences supplémentaires » comme geste de bonne volonté (…) , nous en tiendrons compte (…) et peut-être nous continuerons » à dialoguer, avait-il aussitôt ajouté.

« Procédure technique »

Le ministère français de la Mer n’avait pas réagi ce samedi en début d’après-midi à l’annonce de Londres. La ministre Annick Girardin avait fustigé jeudi les « manoeuvres dilatoires » du Royaume-Uni. Ce que récuse Londres : « C’est une procédure technique fondée sur des éléments tangibles, et non pas des dates-butoirs. Les discussions intenses des derniers jours ont été constructives (…) mais nos décisions resteront guidées par la qualité des justificatifs fournis », avait expliqué vendredi un porte-parole du gouvernement britannique. Sur les côtes françaises de la Manche, les pêcheurs assurent avoir fourni « tous les documents exigés ».

Le ton est déjà monté à plusieurs reprises : un blocus de Jersey par les pêcheurs français en mai dernier ; des menaces françaises de sanctions en octobre ; et plus récemment, le blocage par les pêcheurs français de ports et du terminal fret du tunnel sous la Manche.