Etats-Unis : Constitution historique d’un premier syndicat chez Starbucks

SOCIAL Les employés de deux cafés de Buffalo ont voté en faveur de la création du premier syndicat de l'histoire du groupe de Seattle

20 Minutes avec AFP
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Des employés d'un café Starbucks de Buffalo célèbrent la création d'un syndicat dans leur établissement, le premier dans l'histoire de la chaîne.
Des employés d'un café Starbucks de Buffalo célèbrent la création d'un syndicat dans leur établissement, le premier dans l'histoire de la chaîne. — Joshua Bessex/AP/SIPA
  • Les employés de deux cafés Starbucks ont voté la création d'un syndicat dans leurs établissements.
  • Il s'agit du premier syndicat américain de l'histoire du groupe, en 50 ans d'existence.
  • Dans un marché favorables aux travailleurs, cela pourrait donner des idées aux 235.000 salariés du groupe et à d'autres.

L'union fait la force. Les employés de deux cafés Starbucks dans le nord des Etats-Unis ont remporté une victoire historique jeudi en votant pour la création d'un syndicat dans leurs établissements. Une première aux Etats-Unis, en 50 ans d'existence, qui pourrait faire boule de neige, dans un climat de plein emploi favorables aux travailleurs, un mois après une mobilisation sans précédent lors de «Striketober».



Les cris de joie et les embrassades ont fusé juste après la proclamation des premiers résultats dans la salle où s'étaient retrouvés les meneurs de la campagne. «C'est l'aboutissement d'un long chemin», a réagi Michelle Eisen, employée depuis plus de onze ans dans le café en question, à Buffalo, dans le nord-ouest de l'Etat de New York. La bataille a été tellement dure, raconte-t-elle, «avec tout ce que Starbucks nous a jeté à la figure».

Deux stars de l'aile gauche du parti démocrate américain ont rapidement félicité les salariés sur Twitter, Bernie Sanders saluant une victoire «historique» tandis qu'Alexandria Ocasio-Cortez a accompagné son message d'un poing levé. Un second café a fait de même quelques heures plus tard, tandis que l'initiative a été recalée dans une troisième.

«Pouvoir de négociation élevé des salariés»

Les organisateurs de la campagne avaient déposé un dossier pour se syndiquer sous la bannière de l'organisation «Starbucks Workers United» (SWU) fin août et les bulletins de vote avaient été envoyés à tous les salariés le 10 novembre. Maintenant, disent les nouveaux syndiqués, Starbucks doit venir à la table des négociations.

La compagnie continue d'estimer que les conditions de travail qu'elle propose ne justifient pas la création d'un intermédiaire entre les salariés et la direction. Mais «elle respecte le droit de (ses) partenaires à former un syndicat», a indiqué une représentante de l'entreprise.

Comme la tentative de syndicalisation menée dans un entrepôt d'Amazon dans l'Alabama au printemps, la campagne des salariés de Starbucks a attiré l'attention bien au-delà des rues de Buffalo, dans l'Etat de New York.

Elle reflète la grogne d'employés décidés à se battre, à un moment où la dynamique sur le marché du travail leur est favorable, remarque Cedric de Leon, professeur de sociologie à l'université Massachusetts Amherst.

Alors que de nombreux employeurs peinent à recruter, «le pouvoir de négociation des salariés est très élevé en ce moment», explique-t-il en évoquant les nombreuses grèves ayant émaillé le mois d'octobre ou les millions d'Américains ayant choisi ces derniers mois de démissionner.

Cadences intenses

Quand il a rejoint Starbucks en mai, Will Westlake, 24 ans, se félicitait de travailler pour un groupe brandissant régulièrement ses valeurs progressistes et offrant généralement de meilleures conditions de travail que les autres cafés.

«Mais quand j'ai commencé, je me suis rendu compte que ce n'était pas forcément le cas», raconte-t-il à l'AFP. Il a été particulièrement choqué de découvrir que des personnes travaillant depuis plusieurs années gagnaient à peine plus que lui, mais se plaint aussi de cadences intenses.

Les pro-syndicats étaient d'autant plus motivés que Starbucks a fait preuve de résistance. Quelques semaines après le lancement de la mobilisation syndicale, le groupe a annoncé plusieurs mesures comme le relèvement de son salaire minimum ou une meilleure prise en compte de l'ancienneté.

Mais il a aussi, selon les organisateurs de la campagne, déployé les grands moyens pour tenter de convaincre les employés de voter non, envoyant notamment un bataillon de cadres dans la région. Si le groupe s'inquiète tellement de l'arrivée d'un syndicat, même dans un seul café, «c'est bien parce que cela pourrait déclencher une vague au sein de l'entreprise», remarque Cedric de Leon.