Conflit en Ukraine : Pourquoi les Etats-Unis et la Russie s’écharpent-ils à propos de Kiev ?

DIPLOMATIE Depuis quelques semaines, Washington et l’Union européenne craignent une « escalade militaire » à la frontière entre la Russie et l’Ukraine

Marion Pignot
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Vladimir Poutine face à Joe Biden, le 7 décembre 2021, lors d'un sommet virtuel.
Vladimir Poutine face à Joe Biden, le 7 décembre 2021, lors d'un sommet virtuel. — : /AP/SIPA
  • Le conflit entre les séparatistes russe et l'armée ukrainienne s'est envenimé depuis quelques semaines à la frontière entre la Russie et l'Ukraine. La tension est extrême et Kiev affirme que Moscou a massé des milliers de militaires en vue d'une possible invasion du pays.
  • La Russie nie toute velléité belliqueuse envers l'Ukraine, dont elle a annexé la péninsule de Crimée en 2014, mais s'oppose catégoriquement à toute adhésion de Kiev à l'Otan.
  • Dans ce contexte explosif, le président des Etats-Unis, Joe Biden, et son homologue russe, Vladimir Poutine, se sont entretenus lors d'une sommet virtuel de plus de deux heures ce mardi. Ne proposant aucune sortie de conflit à court terme.

Un sommet (virtuel) qui acte les tensions sans vraiment les dégoupiller. Mercredi, face à  Vladimir Poutine,  Joe Biden a menacé la Russie de « fortes sanctions » économiques si elle  envahissait l’Ukraine. De son côté, le président russe a exigé en vain des garanties sur un gel de  l’expansion de l’Otan. L’entretien de deux heures aurait été « utile », à en croire le conseiller à la sécurité nationale américain Jake Sullivan, et « franc et professionnel », selon le Kremlin. Un vocabulaire qui ne dégage pas une chaleur excessive, et un sommet loin de pouvoir nous faire affirmer que le dossier Ukraine est en passe d’être refermé. Mais pourquoi autant de tensions autour de Kiev ? 20 Minutes fait le point.

Que se passe-t-il à la frontière entre la Russie et l’Ukraine ?

Washington, l’Otan et Kiev accusent Moscou de masser des troupes à la frontière avec l’Ukraine en vue d’attaquer le pays. Le scénario rappelle 2014 et l’annexion russe de la péninsule de Crimée, puis le déclenchement dans l’est ukrainien d’un conflit armé avec des séparatistes prorusses qui a fait plus de 13.000 morts en sept ans. Le Kremlin, largement considéré comme le parrain militaire et financier de ce conflit,  dément tout projet d’invasion. Et reproche à Washington de négliger ses propres préoccupations : l’activité accrue des pays de l’Otan en mer Noire, la volonté ukrainienne de rejoindre l’alliance atlantique et l’ambition de Kiev de s’armer auprès de l’Occident. Pour Moscou, qui veut peser sur la scène internationale, l’Ukraine est un pion sur l’échiquier politique. Le soutien de l’alliance atlantique à Kiev et les ambitions ukrainiennes de rejoindre l’organisation nourrissent, selon le Kremlin, le risque de confrontation militaire dans la région et constituent une menace pour la sécurité de la Russie.

Une invasion russe est-elle possible ?

Beaucoup d’observateurs, en Europe et aux Etats-Unis, pensent que Vladimir Poutine bluffe avec le déploiement de forces aux frontières de l’Ukraine, mais peu écartent complètement l’hypothèse d’une attaque… Depuis fin octobre, des vidéos circulent toutefois sur les réseaux sociaux, montrant troupes, chars et blindés en direction de la frontière ukrainienne. Si Moscou dément, le ministre ukrainien de la Défense assure que la Russie y a déployé environ 115.000 militaires et sera prête pour une éventuelle « escalade » militaire fin janvier. Mardi, Joe Biden a assuré que l’envoi de troupes américaines pour défendre l’Ukraine d’une attaque russe n’était « pas envisagé ».

Que vient faire le gazoduc Nord Stream 2 dans ce conflit ?

Longtemps un boulet pour la diplomatie américaine, le gazoduc controversé Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne, auquel Joe Biden avait fini par se résigner, revient en force dans le jeu comme l’un des principaux « leviers » de Washington pour dissuader Moscou d’envahir l’Ukraine. La Maison-Blanche n’a pas dit clairement si le président des Etats-Unis avait brandi cette menace mardi lors du sommet virtuel mais, devant la presse, son conseiller pour la sécurité nationale, Jake Sullivan, a insisté sur cette piste « absolument prioritaire » : « Si Vladimir Poutine veut que le futur Nord Stream 2 transporte du gaz, il ne prendra peut-être pas le risque d’envahir l’Ukraine. » Selon un ex-ambassadeur américain à Kiev, William Taylor, « Nord Stream 2 est une option sérieuse », « l’une des mesures les plus importantes » à l’étude, car elle permettrait à l’administration Biden d’afficher une très grande fermeté sans aller jusqu’à provoquer un séisme économique.

Qui soutient qui ?

Washington insiste particulièrement sur la menace de sanctions économiques contre le régime russe. Et assure qu’elles seraient plus douloureuses que celles qui se sont empilées sans grand effet sur la Russie depuis 2014. L’Union européenne est elle aussi prête à adopter des sanctions supplémentaires contre la Russie, a prévenu ce mardi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Quant au nouveau chancelier allemand, Olaf Scholz, il a menacé ce mercredi de possibles « conséquences » pour le Nord Stream 2 reliant la Russie à l’Allemagne en cas d’invasion de l’Ukraine par les troupes russes. « Notre position est très claire, nous voulons que l’inviolabilité des frontières soit respectée par tous », a-t-il déclaré dans sa première interview après sa prise de fonction, sur la chaîne de télévision Welt TV.

La France a, elle, averti la Russie des « conséquences stratégiques et massives » qu’aurait une agression à l’encontre de l’Ukraine. « Des messages fermes ont été passés à la Russie sur les conséquences stratégiques et massives qu’aurait une nouvelle atteinte à l’intégrité territoriale de l’Ukraine », a indiqué le ministère français des Affaires étrangères. Enfin, le Royaume-Uni a réaffirmé mercredi son soutien à l’Ukraine et répété que toute incursion de la part de la Russie représenterait une « erreur stratégique ».

S’exprimant devant la presse depuis Sotchi, Vladimir Poutine a, lui, jugé ce mercredi que la Russie avait le droit de se défendre. « La Russie mène une politique extérieure pour la paix, mais elle a le droit de protéger sa sécurité », a-t-il déclaré, estimant que laisser l’Otan s’approcher de ses frontières sans réagir serait « criminel ».